Saturday, 14 May 2016

Entendez vous la cavalcade s'approcher?

Commençons par un tour en Allemagne:
L'Allemagne mène sur son marché intérieur une politique de relance modérée par la consommation: création d'un salaire minimum, accords salariaux de branche augmentant fortement ceux ci, primes exceptionnelles.
Résultat: l'Allemagne a vu sa croissance bondir a +0,7%. Le chômage continue de se réduire.

La plupart des mesures de "l'agenda 2010" mises en œuvre par Schröder entre 2003 et 2005 ont été depuis de nouveau supprimées. Je renvoie à ce sujet à un excellent article, légèrement ironique, de Thomas Fricke dans le Spiegel.
Il ne reste qu'une mesure emblématique, la suppression des allocations chômage aux chômeurs de longue durée pour "ne pas financer oisiveté et paresse".
Résultat: le chômage de longue durée dans le chômage global reste exactement au même niveau qu'avant cette mesure: un chômeur de longue durée n'a pas choisi d'être chômeur, la preuve empirique de la stupidité théorique de Jean Tirole est apportée tous les jours.

Point interessant: si le ministre des finances allemand peut présenter des comptes publics en équilibre, ce n'est pas pour avoir réduit les dépenses, mais grâce à l'augmentation des recettes dues à la croissance et l'emploi.
Cette politique de relance par la consommation est soutenue par la politique de faible taux de la BCE, par la déflation importée due à la baisse des prix du pétrole et se conjugue pour favoriser une reprise forte de l'investissement des entreprises.

En France, on assiste à un frémissement de la conjoncture et une reprise de l'emploi.
On connais les composantes de cette croissance: c'est comme en Allemagne la reprise de la consommation qui mets en route un cercle vertueux, où les entreprises, surtout les PME, face aux carnets de commande qui se remplissent, reprennent investissement et embauche.
Tous les chiffres de 2015 montrent que c'est bien la reprise de la consommation qui préexiste au retour de la croissance, de l'investissement et de l'emploi.

Cette évolution positive a donc lieu en dépit des réformes et des mesures du gouvernement.
C'est comme pour Schröder: l'agenda 2010 a retardé la reprise allemande de 4 ans, et lorsque celle ci est venue, elle n'a profité qu'à une minorité d'allemands.
La classe moyenne n'en a pas profité, celle ci diminuant sur la période de près de 10 points. Aujourd'hui un allemand sur deux est de la classe moyenne. Ils étaient presque deux sur trois il y a 20 ans.
La pauvreté et la misère sociale ont augmenté.
Le taux de pauvreté en Allemagne est supérieur à la France, supérieur à il y a 15 ans.

C'est exactement ce que le gouvernement Valls prépare à la France: la liquidation de la classe moyenne et l'aggravation des inégalités, l'approfondissement de cette fracture sociale identifiée depuis 20 ans.
Les lois ANI, Macron et El Khomri auront un impact sur l'emploi: le même que celui des minijobs Schröder - depuis supprimés - ou celui des contrats zéro heure britanniques.
La reprise sera très inégalement distribuée, avec une majorité de citoyens perdant sécurité, niveau de prospérité et qualité de vie.

Alors, le gouvernement pourra dire à coups d'indice macro-économiques "la France va mieux" et en tirer tous les bénéfices à soi.
C'est le mensonge habituel du politicien péripatéticien.

La réalité est terrible.

Après avoir retardé le retour de la croissance, qui aurait pu venir très forte des 2013 et un plan de relance adéquat, par pur aveuglement idéologique, et gaspillé 43 milliards à l'impact faible sur l'investissement et l'emploi, ce gouvernement a créé les conditions pour une prospérité pour les plus riches, socialement, culturellement, en capital financier, et pour une société de plus en plus violente, impitoyable et inhumaine.

Tant en Grande Bretagne, en Hollande, en Allemagne, dans les pays nordiques de la flexisecurite, en Autriche où le chômage est à 5% mais le taux de pauvreté est depuis dix ans stable, malgré croissance et plein emploi, à un autrichien sur 8, on voit le résultat de ces sociétés violentes: la progression des partis d'extrême droite.

La France n'est pas à la traîne de l'Europe. Elle fut, avec Chirac-Juppe, puis avec Chirac et Sarkozy, précurseur dans ce mouvement. On peut trouver des 1993 les traces de cette marche forcée.
Il y eut une parenthèse de trois ans, les trois premières du gouvernement Jospin.
Elles coïncident, ces années Jospin, avec les années de plus fortes croissance et de plus forte baisse du chômage des dernières 25 années. Mais cette parenthèse, où des erreurs furent commises, certes, est un grand tabou.

La France est précurseur tant dans le décrochement progressif de la classe moyenne que dans la montée de l'extrême droite. Car le corps social français est sensible, et réagit vite et fort, là où des sociétés plus consensuelles ont absorbé bien des chocs avant de sombrer dans le désespoir brun.

La politique actuelle, en accentuant cette violence sociale et cette inégalité dans le partage de la prospérité, accentue les raisons de voter Front National.

L'Assemblee Nationale de 2017 pourrait bien ressembler aux Conseils Régionaux du Nord et du Sud-Est.
Ce sera le bilan politique terrible de ce gouvernement.

Bien plus terrible cependant sera son héritage social. Le gouvernement Valls prépare la surmortalité des couches populaires, les angoisses et le sur-suicide, le recul de la santé publique face aux maladies de la pauvreté.

Hollande, Valls, Macron, Sapin, les quatre cavaliers de l'apocalypse sociale.

Monday, 2 November 2015

Le hasard moral de l'Allemagne, bénéficiaire de la crise européenne

Une intéressante analyse trouvée dans le Süddeutschen Zeitung : les crises financières puis dans la zone euro la crise grecque, en effrayant les investisseurs, les a amené à acheter de la dette publique allemande, faisant chuter son taux d'intérêt, économisant sur la période 200 milliards d'intérêts. Le budget équilibré de Schäuble n'aurait pas été possible d'après cet économiste allemand sans crise de la dette publique en zone Euro.
Mais un deuxième phénomène s'est aussi produit en Allemagne qui aide à comprendre à la fois la faiblesse de la demande intérieure entre 2001 et 2009 et la force financière de l'Allemagne depuis 2007: la réunification a été une période de surendettement privé, atteignant trois fois le PIB, quatre fois la dette publique, entre 1990 et 1998.
De 2001 à aujourd'hui, mais surtout depuis la crise et les politiques monétaires extensives à taux bas, l'économie allemande s'est desendettée dans son ensemble. Les ménages n'ont pas emprunté pour consommer, mais ont épargné pour rembourser leurs crédits, réduisant la demande allemande, et aussi les importations.
Mes remarques :
Alors le petit retraité, l'épargnant de livret A lui a perdu, la rémunération de son épargne étant inférieure à l'inflation, et ce sont les perdants de cette séquence que l'on retrouve à l'AfD ou dans les cortèges sinistres de Pegida.


L'Allemagne est la grande bénéficiaire de la crise, et n'a intérêt ni à la solidarité européenne ni à la résolution de la crise.
Qu'elle demande maintenant, sur la question des réfugiés, et à juste titre, solidarité et ouverture, apparaît à nombre de ses partenaires européens comme hypocrite ou contradictoire. En dehors de la zone Euro notamment les États en font à leur idée.
L'Allemagne de Merkel gagnerait à comprendre qu'un projet européen ne peut se construire sur les intérêts d'un seul groupe de pays, et s'interroger sur les valeurs et les principes qu'elle défends pour ce projet européen.


Le traitement de la crise grecque, et le refus absolu opposé notamment aux demandes de Papandreou en 2010, de Samaras en Octobre 2014 ou de Tsipras dés février 2015, de couper la dette publique grecque, de ne pas refinancer par un  endettement croissant, mais d'investir dans le futur, était fondé théoriquement par l'idée de hasard moral: en permettant à un pays de s'Enfuir avec de mauvaises pratiques comptables et budgétaires, on créerait une incitation pour tous les pays à mal se conduire.
Pourtant, entre la petite Gréce et sa dette publique représentant 2% de la dette publique européenne, et l'Allemagne, le risque de hasard moral est du côtè du plus gros!
Finalement, c'est l'irruption dramatique et meurtrière de l'histoire, qui ne supporte pas de traitement juridico-comptable, mais de la politique, qui peut-être forcera l'Allemagne à comprendre être elle-même, pour l'ensemble de l'Europe, celle qui se conduit mal.
Faire le choix de la solidarité, c'est un choix politique, pas un impératif juridique. C'est le seul choix de l'Allemagne si elle souihaite un avenir à l'Europe Unie.

http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/frickes-welt-sanieren-ohne-luftballons-1.2713691

Thursday, 22 October 2015

Entre délire et grotesque

Instrumentaliser l'histoire pour servir les intérêts particuliers du présent

Il y a 167 ans, les ouvriers de Vienne se préparaient, sans espoir de vaincre, à l'assaut des troupes impériales autrichiennes. L'assaut, fin octobre 1848, fit 2000 morts, sans compter les exécutions futures, les emprisonnements et les tortures. Le Député allemand Robert Blum devait être aussi exécuté, illégalement.
L'écrasement de Vienne est le prélude sanglant à celui de la Hongrie, puis à la fin de tout espoir révolutionnaire allemand dans le sang des badois. Berlin avait été maté plus tôt dans l'année. Après le massacre de 250 berlinois, dont des enfants, l'armée prussienne devait enfermer dans une caserne près de 500 ouvriers et artisans saisis aux hasard dans les faubourgs, pour les torturer, les humilier, les faire crever de faim, pour se venger de la peur qu'ils inspiraient.
Pratique comme on le voit habituelle des dictatures, Assad n'a rien inventé.
La révolte de Vienne commence en mars 1848 par une manifestation de femmes travailleuses, à qui le gouvernement voulait baisser le salaire de 25%, sabrées par la police, faisant plusieurs mortes.
La révolution française de 1848 s'achève elle en Juin, lorsque l'armée vient tirer sur les ouvriers pour une revendication salariale. Il faut relire la violence des débats parlementaires de juillet, lorsque Proudhon propose une réforme fiscale, lorsque Hugo vient dénoncer l'extrême pauvreté.
Revendications sociales et émancipation démocratiques sont liées. 
Elles sont indissociables. 
Condamner l'auteur de textes de 1852 parce que, faisant le lien entre les deux, il ne voyait d'autres méthodes pour les réaliser que la révolution et le renversement d'un ordre de domination par un autre, c'est faire bien peu preuve de culture historique et démocratique. La République sociale de Waldeck-Rousseau n'est pas possible sans le souvenir de Juin 48 et celui de la Commune. 

Cependant, ce n'est pas le monde de 1848 qui nous permet de comprendre 2015. Condamner par sophisme toute réflexion sur les rapports sociaux au nom d'un texte de 1852 écrit dans un contexte de violences, déclenchant une vague de réfugiés européens en Angleterre et aux Etats-Unis, c'est instrumentaliser, dans une vision révisionniste de l'histoire. 
C'est ce que fait Laurent Joffrin aujourd'hui. Dans le procédé rhétorique, et l'emphase, c'est la même méthode que celle du Premier Ministre israélien cherchant à dédouaner l'Allemagne hitlerienne du crime génocidaire pour, par un glissement sophiste, en rendre responsable ceux qu'il identifie comme ses adversaires contemporains, les Palestiniens.
Staline n'est pas responsable de ses crimes! C'est Marx, un siècle auparavant, qui est le vrai coupable, et par extension, tous les critiques de l'ordre social sont complices! Joffrin, qui lit peu mais lit mal, ne cite pas Stiglitz, Piketty, Galbraith, Gaebler ou Sedicek comme ces criminels fous furieux qui, en remettant en cause l'ordre social, sont complices du stalinisme, du léninisme aussi.
Non, il cite un auteur bien plus subversif! Attali! Le père spirituel de Macron, l'inspirateur du rapport à Sarkozy de 2008 qui sert toujours de boussole intellectuelle au ministre actuel, et qui sert bien le rapport social et la distribution des richesses actuelles!
Alors que l'instrumentalisation du mufti de Jérusalem, un être minable, criminel et malheureusement impuni, par le Premier Ministre israélien est délirante, l'éditorial de Laurent Joffrin est lui grotesque. Joffrin démonte Marx pour régler un compte de jalousie germanopratine...

(Image: les manifestantes sabrées par la police montée sur le Prater de Vienne, Mars 1848. Image Libre de droit d'après sa source)


Tuesday, 15 September 2015

Peux t-on sauver L'union Européenne?

Le monde est violent. Les rapports sociaux aussi. L'inégalité atteint des sommets, toutes les institutions reconnaissent l'échec des théories du ruissellement. Ce ne sont pas les forces vives qui conduisent la communauté à la prospérité, ces forces vives sans encadrement adéquat sont des forces folles, prédatrices.
Ce n'est pas avec les théories de l'apaisement social-liberale, qui échouent à s'attaquer à la misère, qui échouent à stabiliser le monde et établir la paix, que l'on répondra aux défis majeurs d'aujourd'hui.

Absurdité aussi d'une construction européenne bancale, branlante.
Saint-Simon proposait il y a exactement 200 ans une constitution européenne. Elle était fondée non sur le mercantilisme, qui on le voit n'intègre pas les Nations, mais d'abord sur un parlement souverain - pour commencer le processus, celui, uni, des deux pays capables d'être les moteurs de l'Unite européenne, la France et... La Grande-Bretagne. Puis, la Société Européenne devait être régie par un gouvernement et deux chambres.
Pour Saint-Simon, s'il n'y a pas de "Nation Européenne", si donc cette construction ne vise pas à remplacer les Nations, c'est qu'il trouve dans deux autres principes les ciments de ce qu'il nomme "le peuple européen": le christianisme et les Lumiéres, et un symbole, un roi européen.
Un parlement souverain ne peut exister sans peuple lui-même soucieux de sa souveraineté, et aussi conscient d'appartenir à une communauté de destins, d'être peuple. Car, si la démocratie est le principe de la protection des droits de la minorité sous la conduite de la majorité, pour que la minorité ne fasse pas scission il faut bien qu'elle se reconnaisse d'abord comme membre de la communauté, les exemples en ex-Yougoslavie, en Ukraine, montrent ce que cela signifie, "faire scission".

La Paix, principe suffisant?
L'Europe créé au lendemain de la guerre était unie par son souvenir, par les deuils et les souffrances, par les ruines. Elle était certes divisée par deux principes extérieurs et antinomiques: le libéralisme mercantile d'un côté, l'hégémonie stalinienne de l'autre.
Il y eut donc deux intégrations: l'une volontaire et mercantile, ayant pour double objet de relancer production et consommation, et d'élargir ainsi le marché des biens et services, et l'autre imposée, ayant pour objet de rationaliser et spécialiser les productions nationales tout en garantissant des débouchés aux produits soviétiques.
La création de structures démocratiques fut lent. Une des deux intégrations échoua d'ailleurs tant économiquement que politiquement, et la deuxième, confondant capitalisme et démocratie, crut que l'extension créerait d'elle-même un sentiment commun.
En 2015, qui se souvient du traumatisme européen au sortir des guerres napoléoniennes? Le rêve de Saint-Simon nait au moment où les princes et rois cherchent à définir une alliance européenne garantissant le règlement pacifique des conflits entre eux, et de construire une Europe - chrétienne, monarchique, oligarchique - prospère et pacifiée.
En 2015, qui a encore le souvenir des peurs, des angoisses, de la faim des années de guerre? Les générations qui ont vécu la guerre nous quittent. La plupart des Européens ont une expérience abstraite de la guerre. Le terrorisme n'est pas grand chose en comparaison.
Quelle expérience commune, quelles valeurs et quels principes pour ce peuple européen post-guerre froide? Sur quels principes communs peuvent s'accorder les peuples et les nations pour qu'un parlement soit reconnu souverain?

Une intégration économique qui exacerbe les concurrences entre peuples, entre classes
Le mercantilisme a exacerbé les concurrences entre Nations européennes. La libéralisation a créé une accumulation de richesses auprès de quelques uns. Cette élite économique est bien sûr traversé de contradictions mais partage les mêmes valeurs, le même accès au voyage, aux ressources symboliques.
Cette elite-là croit incarner le peuple européen.
Cette exacerbation des richesses s'accompagne d'une paupérisation des 50% les moins riches. Terrible échec de toutes les gauches européennes! La pauvreté aujourd'hui est plus largement répartie, plus profonde dans ses structures, plus difficile à combattre qu'en 1990!
Comment s'étonner des lors que ce peuple là ne se reconnaisse pas dans un projet commun dont il est le grand perdant?
La compétition entre peuples s'accompagne aussi de la concurrence entre pauvres. C'est ainsi que la division des perdants de l'intégration européenne empêche la constitution d'un front progressif, social, et européen.
Pire, L'Europe devient symbole de l'oligarchie, de la bourgeoisie des 30% qui s'en tirent le mieux, d'une machine broyant les destins, expropriant les faibles ressources mises de côté, détruisant les protections collectives et les capitaux socialises (Retraite, Assurance Santé, Chômage).
Tant la droite que la gauche radicales voient dans les espaces nationaux les espaces où il est possible de diviser les élites européennes, de jouer sur leur contradiction, pour y construire des agendas alternatifs.
Il n'y aura pas de réorientation européenne - du moins pas avec la social-démocratie.

Mais l'espace des Nations nous ramène forcément à 1792, à 1939. Il n'a fallu que trois ans à la Yougoslavie pour passer d'un espace intégré à la guerre civile. L'Ukraine c'est L'Europe et c'est maintenant.
Il existe une alternative: L'Europe sociale. Elle pre-suppose la sortie des Traités existants et une refondation, sans doute seulement avec un coeur de pays progressistes, sur une base sociale et solidaire.
Mais face à la réalité objective et les enseignements réels des 9 premiers mois de 2015, une idée est morte: celle d'un mouvement initiée par la gauche europeaniste de l'intérieur.
Cette Union Européenne ne peut être réorienté de l'intérieur. Les élites social-démocrates qui vivent de cette chimère n'y ont d'ailleurs aucun intérêt, et c'est bien l'échec du PSE que de n'avoir jamais formulé théoriquement et politiquement le cadre nécessaire à une réorientation.

Construisons avec les forces qui le souhaitent les conditions d'un dépassement de L'Union Européenne.

Mathieu Pouydesseau
Membre du Conseil National (s) du Parti Socialiste
Section des Isolés

Tuesday, 8 September 2015

Politique, Responsabilité, Incohérences et Espoir

Hier, donc, deux dirigeants socio-democrates européens se sont exprimés sur la crise des réfugiés et sur ce que cela signifiait pour L'Europe. François Hollande a annoncé un accueil exceptionnel de la France de... 24000 demandeurs d'asile sur deux ans. Sigmar Gabriel, vice chancelier allemand et ministre de l'économie, a déclaré que L'Allemagne pouvait, sans besoin de nouveaux financement ou de hausses d'impôt, accueillir 20 fois plus de réfugiés (500000) et ce, par an.
Responsabilité: L'Allemagne découvre, où plutôt re-découvre, avoir et une capacité de mobilisation civile forte, et un coeur. Elle mobilise des moyens exceptionnels - 6 Milliards D'euros - et ne comprends pas pourquoi L'Europe traîne les pieds pour créer un fonds solidaire à hauteur de 1 Milliard.
Mais c'est bien là le résultat de la vision allemande de L'Europe! Pourquoi L'Europe, aveugle au niveau politique sur la crise humanitaire en Grèce, et dans la bataille des images, pour l'opinion, les solidaires ont perdu, serait plus ouverte aux réfugiés?
La remarque cynique de Orban, déclarant que les réfugiés sont un problème allemand, reflète les remarques de Schäuble, estimant que la Grèce doit résoudre son problème tout seul.
Et c'est là où on arrive aux incohérences.
Il est impossible de demander aujourd'hui, comme le fait l'allié bavarois de Merkel, à L'Europe de régler solidairement ce problème, lorsque les droites européennes, à l'unisson, et avec la complicité de certains socio-democrates - je pense aux hollandais, aux slovaques, aux roumains - detricotent tous les instruments de solidarité européenne.
C'est Merkel, Cameron, Orban qui ont pesé pour qu'en 2013 le budget - planifié pour 7 ans en plus, hors de tout contrôle parlementaire ou de tout rythme électoral - de L'Union Européenne soit diminué, avec le seul grand programme social, le plan d'aide alimentaire aux démunis, réduit de moitié.
Au même moment on assiste à une explosion en Grande Bretagne des soupes populaires, partout en Europe les banques alimentaires peinent à couvrir les besoins D'européens qui connaissent, dans nos sociétés riches et abondantes, la faim.
Hollande, comme Renzi, ont essayé des aménagements aux marges, sans cependant engager les rapports de force politique au fond. Le seul qui a posé le problème politique fut Tsipras, mais sans allié, il s'est fait crucifié, traumatisé, il est comme ce personnage de Games of Thrones, qui se fait appeler Rick et sert son bourreau.
Comment demander une Europe solidaire et partageant l'accueil des réfugiés lorsque L'Europe refuse par dessein cette solidarité dans toutes les autres affaires la concernant?
Et c'est là où je vois un espoir: les opinions publiques bougent. Les images touchent, l'émotion change de nature. De la peur, de l'égoïsme, on passe à la compassion, à la charité pure.
Ce n'est pas encore un retournement conscient, politique.
Il y a pourtant des signes: 1,6 millions d'allemands ont signé la pétition et s'engagent massivement dans les actions contre le Traité de libre échange transatlantique.
300000 britanniques rejoignent le Labour parce qu'enfin ł'aile gauche se voit accorder une tribune.
Il y a l'émotion des Européens et dans beaucoup de pays leurs belles actions.
Il y a aussi des prises de conscience politique.

Friday, 13 February 2015

La social-démocratie européenne à la croisée des chemins

Nous sommes à une croisée des chemins.

Les lignes bougent. Au Parlement européen, un rassemblement s'esquisse. L'appel ci-dessous de députés européens issus de la Gauche Européennes, des Verts, du PSE, notamment avec notre Premier Signataire Emmanuel Maurel, montre que ce débat progresse. Le SPD cependant, dont l'aile gauche est pourtant bien représenté au Parlement Européen, n'a pas signé.

Rappelons quelques faits: en 2009, Sigmar Gabriel a lancé une prudente réorientation du SPD - tombé à 20% après Schröder et la première grande coalition - vers la gauche. C'est ce qu'il a formulé en 2011 en "Mitte-links" "au milieu, à gauche", quand Schröder ne parlait que de "Mitte" - du milieu. Cette réorientation prudente permit au SPD de remonter dans les sondages au delà de 25%, et a la direction du SPD de construire une stratégie majoritaire sur l'alliance unique avec les Verts. Le parti restait très divisé entre ceux favorables d'étendre cette alliance aux Linken et ceux voyant plus de points communs avec la CDU.
La désignation obscure de Steinbrück, l'homme le plus à droite du SPD, prit tout le parti a contre-pied. Le résultat fut décevant - 25%, loin des 30 espérés.
Par chance, la stratégie de Merkel, de siphonner les libéraux du FDP - ses anciens alliés- pour obtenir une majorite parlementaire absolue échoua - l'AFD populiste et ses 4,7% en étant pour quelque chose.
Deux possibilités de majorite sont donc possibles au Bundestag : une alliance Linke-Verts-SPD ou la grande coalition que Gabriel décida de faire. Dans un moment de démocratie interne inédit pour le SPD, les militants votèrent sur le contrat de coalition avec la CDU et l'accepteront a 75% de Oui.
Depuis, malgré la mise en place de mesures authentiquement de gauche (ne citons que le SMIC mais il y en a d'autres), le SPD, sans stratégie claire, stagne autour de 25%. La somme des gauches reste stable autour des 43% obtenus en 2013.
Le problème, c'est que si près de 15% des suffrages de 2013 ne sont pas représentés au Bundestag (dispersés sur des partis sous les 5%), il est quasiment sur que l'AfD aura des députés en 2017. La CDU-CSU restant stable à 40% elle pourra choisir son partenaire de coalition entre Verts, SPD ou AfD.
Il y a pourtant au sein de la gauche allemande de plus en plus de voix qui parlent pour une grande coalition de gauche, des Linke au SPD. Même des "réformateurs" SPD commencent à s'interroger sur l'échec de la stratégie de Gabriel, dont la réorientation prudente l'est trop, invisible de l'électeur.
De plus, désemparé, Gabriel tombe dans des réflexes autocratiques, prenant le contre-pied d'une Motion de son parti voté dans une séance qu'il présidait sur le TAFTA, rencontrant et légitimant par la même les populistes de Pegida.
 Le budget allemand va être en équilibre, mais au prix d'un ralentissement de la croissance européenne, d'un retard d'investissements sur les infrastructures considérable, et d'une aggravation de la pauvreté et des inégalités.
L'enjeu d'un nouveau pacte majoritaire à gauche passe donc par une politique active de reprise de l'activité, ce qu'on simplifie sous le nom de politique de croissance même lorsqu'elle implique des investissements massifs pour la transition écologique et vers l'économie durable.
Finalement, la gauche allemande est au même point de débat que toutes les gauches européennes: continuer l'aggiornamento avec les droites et cette grande coalition européenne, austéritaire, injuste, inefficace et donc impopulaire, ou constituer un nouveau pacte majoritaire à sa gauche.
Toute la social-démocratie européenne est devant finalement ce choix : décrépir comme le PASOK, où se transformer comme Syriza.
Rappelons ici que Syriza n'est pas né des partis de la gauche du PASOK, mais d'une scission du PASOK sur cette question du contenu politique du pacte majoritaire et de l'alliance ou non avec les droites.
Notre congrès de Juin 2015 n'est donc pas, comme semble le penser Manuel Valls, le jeu de cinglés dans le bac à sable, mais bien le débat fondamental auquel est confronté l'ensemble de la social-démocratie européenne.
Il est d'ailleurs à ce sujet dommage, mais aussi révélateur, que le congres du PSE qui a lieu la semaine suivant notre congres, n'a dans son programme provisoire aucune trace de ce débat la, ni aucun vote de prévu entre motions et propositions de stratégie différentes.

C'est à nous, socialistes français, de peser sur ce débat en prenant pleinement notre place dans le congrès dePoitiers.

Sunday, 9 November 2014

Etre à la hauteur de l‘exigence morale du Socialisme


Le socialisme est un engagement moral fondant une éthique d’action

Etre socialiste, c’est vouloir, sur la base d’un engagement moral pour la Justice, habité d’une éthique de l’action, donner un sens raisonnable au Monde, permettre à la vie de s’épanouir dans la Liberté, parce que la société, solidaire, protège et encourage.

C’est cela, l’ambition et l’identité socialiste. C’est cela, qui devrai guider nos actions. C’est cela qu’il nous faut retrouver, en acceptant aussi la critique sans complaisance de notre action actuelle, de notre raisonnement, de notre Raison.

Léon Blum l’expliquait il y a presqu’un siècle, avec des mots qui n’ont rien perdu de leur actualité : « Le socialisme est donc une morale et presque une religion, autant qu'une doctrine. Il est, je le répète, l'application exacte à l'état présent de la société de ces sentiments généraux et universels sur lesquels les morales et les religions se sont successivement fondées. Sa doctrine est économique plutôt que politique. Pourquoi ? Parce que l'analyse de l'histoire - analyse que chacun de nous peut vérifier et confirmer par son expérience quotidienne - établit précisément que les faits économiques, c'est-à-dire les formes de la propriété, les phénomènes de production, d'échange et de distribution de denrées, dominent de plus en plus l'évolution des sociétés modernes, gouvernent de plus en plus leurs institutions et leurs rapports politiques. »

Gouverner, c’est choisir entre Morale et Tyrannie des Faits

Gouverner, c’est conduire une série de décisions sur des bases rationnelles, où la tyrannie ontologique, comme dirait Quiniou, le « faitalisme », d’après Nietzsche, réduit l’action politique sur un plan technico-économique, dirait Ricoeur, qui ajouterait,  en ne satisfaisant qu’aux exigences du rationnel, cette rationalité ne peut satisfaire l’homme moderne qui reste là, assoiffé d’un sens raisonnable. Habermas le formule ainsi : « Contre une réduction de type empiriste de la problématique rationnelle, seule sauve l’endurance à prendre les sentiers où la science, la morale et l’art communiquent encore ensemble. » Ou dit autrement : avoir raison d’après les experts techniques ne donne aucunement un sens commun, un espoir et une vision. Avoir raison avec les experts, c’est accepter un état de fait, et ne pas vouloir le transformer. C’est aussi inscrire son action dans l’horizon du visible, et non dans celui du possible.

Cela n’est pas très grave lorsqu’on est de droite : gouverner, c’est protéger des clientèles et des habitus, sociaux et moraux. Les faits bien souvent viennent à l’appui d’un appareil d’Etat qui ne demande qu’à servir les conservatismes, ou pour reprendre Ricoeur, à donner avantages et privilèges à la classe dominante du moment.

C’est beaucoup plus délicat de gouverner lorsque son engagement politique s’inscrit dans la tradition et la philosophie morale du socialisme. Car, fondamentalement, le socialisme reste une subversion, qui, parce qu’elle est morale, aura à créer de nouveaux faits, qui aura à s’imposer à la tyrannie ontologique pour créer un espace démocratique, qui devra aussi affronter des rapports de force objectifs, la solidarité universelle nécessitant forcément de ceux qui ne le sont pas, et ne le souhaitent pas, de le devenir pour le bien de tous, et in-fine, d’eux-mêmes.

Gouverner en étant socialiste, c’est donc se confronter à un rationnel qui souvent prends, avec une avalanche de faits, les apparences de la vérité scientifique, et qui, sapant la volonté jour après jour, heure après heure, tends – encore une fois pour paraphraser Habermas – à évacuer la question practico-morale « Que dois-je faire » de la réflexion, pour y substituer le point de vue d’une rationalité technocratique, qui réponds « il faut faire ce que de toute façon, tous faits bien soupesés, il faudra faire ».

Gouverner en étant socialiste nécessite donc une éthique de l’action, qui inspire, donne des forces, soit à la fois un socle solide, et une plate-forme pour prendre son élan.

Gouverner en étant socialiste, c’est aussi, forcément, par la force des faits et des choses, gouverner collectivement. Car comment résister à cette critique permanente de la Morale par une Raison impérieuse, technique, qui cherche la conservation des faits connus, si l’on est seul ?

Kant l’a exprimé sans doute le premier avec limpidité : la Morale est un Universalisme, c’est-à-dire que ne peut être une loi morale qu’une loi universelle. C’est pourquoi la première loi morale du socialisme, c’est le respect universel de la personne humaine. Une autre Loi morale, qui en découle, c’est donc l’Egalité dans la Fraternité, et une troisième, qui elle aussi est enfantée par les deux autres, la Liberté. Le triomphe de la Raison au Siécle des Lumiéres est un triomphe moral, qui enfanta la déclaration universelle des Droits de l’Homme, texte moral au plus haut point.

Pourtant, la rationalité technocratique ne cesse de critiquer cette morale en imposant le particulier, en séquençant et spécialisant le monde moderne, pour y créer des univers factuels en apparence séparés les uns des autres. Il y aurait dans cette rationalité des « personnes morales », les entreprises, ce qui en soi est au mieux une ironie, au pire un sarcasme. Il y aurait des « chômeurs », des « clandestins », des « salariés » et des « privilégiés », il y aurait « la Jeunesse » et « les Cassseurs », les « entrepreneurs » et les « syndicalistes », les « conservatismes » et les « reformismes ».

D’une maniére moins polémiste, et afin de préciser absolument cette critique de la Morale par la Rationalité, il y a des faits qui servent à décrire le monde et à orienter les questions, et les réponses, pour une action politique. Il y aura donc :

- la Dette Publique, qui en soi est la réponse à un excédent d’épargne, la dette devant bien être contractée par quelqu’un prêtant.

- la Monnaie, certes, mais on lui préfère l’Inflation, qui mesure à quel vitesse cette monnaie permet d’échanger biens et services.

- le taux de chômage, qui est surtout la privation des moyens d’existence par l’absence de rémunération.

- le niveau de prélèvement obligatoire, qui en réalité est redistribué, par exemple sous forme d’une allocation chômage à celui qui ne peut être employé, et qui est donc aussi un niveau indicatif de la redistribution des richesses dans une société solidaire.

- les déficits publiques, qui ont une définition extensible, et recouvrent aussi des salaires, des emplois, des biens et des services achetés et délivrés. Les Déficits publiques sont toujours le résultat d’arbitrages politiques entre recettes et dépenses, en pariant sur des évolutions économiques futures largement déterminées ailleurs que dans le champ politique.

Transformer le réel, et non en épouser les contours

Notre pratique de gouvernement depuis Mai 2012 est controversée au sein même du Parti Socialiste.

Certains y voient « la seule voie », d’autres une social-démocratie moderne enfin assumée face à des thèses jugées passéistes.  On sent déjà, à lire la défense même de la politique que nous menons, que nous ne sommes plus dans la philosophie morale du socialisme, mais bien dans l’obéissance à la tyrannie des faits, ou à la négation même de l’origine universelle du socialisme.

Comment le socialisme peut-il être passéiste, lorsque, toujours pour citer Léon Blum, « Le socialisme est né de la conscience de l'égalité humaine, alors que la société où nous vivons est tout entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère que suscitent en tout cœur honnête ces spectacles intolérables : la misère, le chômage, le froid, la faim, alors que la terre, comme l'a dit un poète, produit assez de pain pour nourrir tous les enfants des hommes, alors que la subsistance et le bien-être de chaque créature vivante devraient être assurés par son travail, alors que la vie de chaque homme devrait être garantie par tous les autres. Il est né du contraste, à la fois scandaleux et désolant, entre le faste des uns et le dénuement des autres, entre le labeur accablant et la paresse insolente. »

D’autres voient dans notre politique une trahison, qui commença dès Mai 2012, en ne menant pas le premier rapport de force politique nécessaire, celui qui aurait dû mener à la renégociation du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Elle se poursuivit en ne mettant pas en acte le projet de Réforme Fiscale, en ne corrigeant pas les excès d’un accord paritaire de réforme du marché du travail qui refléta un rapport de force très favorable au Patronat face à un syndicalisme divisé. Elle s’acheva enfin en concentrant tous les moyens budgétaires dans un seul instrument : redistribuer des ressources fiscales des ménages vers les entreprises sous la forme d’une subvention globale, sans condition ni contrôle, nommée CICE puis Pacte de Compétitivité.
Il y a un échec. In y a en effet une défaite socialiste depuis Mai 2012. Nous l’avons payé aux Municipales, aux Européennes, aux Sénatoriales. Le Parti Socialiste, qui disposait de la majorité absolue au Parlement en Juin 2012, est sur le point de perdre sa majorité. Mais cet échec ne serait que politique, il serait surmontable.

Notre politique ne produit pas les résultats promis : certes, nous avons baissé le déficit publique, mais l’endettement de l’Etat a progressé, le chômage a gagné, imposant une vie de contraintes et d’angoisse à 1 million de compatriotes supplémentaires,  la pauvreté aussi, et son corollaire, le mal-logement. La croissance reste en panne, dans une économie européenne au bord de la déflation. Même la tyrannie des faits le dit ! Non, cette politique ne marche pas.

Mais l’échec économique est toujours relatif : il y a aussi des profiteurs de cet état de fait. Et un échec économique serait surmontable. Qui sait, peut-être que les entreprises, leur trésorerie remises à flot par le CICE, reprendront l’investissement ? Peut-être que la politique de la Banque Centrale Européenne, en affaiblissant l’Euro, permettra une reprise des exportations ? Peut-être que la baisse des prix de l’énergie vont booster la consommation ?

Ces paris, nous le voyons bien, sont des fatalismes. Ils s’abandonnent à des décisions, des évènements, des faits, donc une autre tyrannie hors de notre influence.

C’est que notre échec est bien plus grave que celui d’un échec politique ou économique.

Notre premier échec, c’est notre défaite morale.

Nous n’avons pas su, collectivement, conserver l’éthique d’action qui nous permit d’organiser les Primaires, première aventure collective pour de nombreux militants, de mener la campagne présidentielles et de gagner les législatives.

Nous avons été trahi moralement par une série de manquements individuels : cela commença certes dès les révélations sur le machisme toléré de Dominique Strauss-Kahn, dont nous ne tirâmes aucune leçon, avec l’affaire Cahuzac, avec les impudeurs issues de la vie privée de notre président, avec Thevenoud, avec les nominations boutiquières aux listes des Européennes, avec la nomination d’un Secrétaire National ayant échoué au gouvernement, avec tous ces petits scandales et ces compromissions où nous n’avons pas agi. Oui, la Justice est libre et indépendante, mais notre engagement est moral : nous avons un devoir aussi collectif ! Nous aurions dû ici agir.

Nous avons trahi moralement aussi toutes les règles qui régissent notre Parti. Notre Secrétaire National actuel n’est pas élu. Notre congrès statutaire n’a pas eu lieu. Nos forums de débats et de construction des synthèses sont désertés, méprisés. Les votes des militants, lorsqu’ils ne répondent pas aux attentes, sont manipulés. 

Bien plus grave est la trahison morale fondamentale : nous n’essayons même pas d’être fidèle à notre engagement, et nous plions aux doctrines des Droites Européennes.

Il nous faut donc reconstruire notre primat moral. Cela ne sera pas facile. Cela passe avant tout par un effort collectif : c’est aux militants de prendre le parti, et de changer les hommes qui le dirige.

Cela passe aussi par une interrogation fondamentale sur ce que nous souhaitons réaliser ensemble. Si le projet est de replâtrer un système économique et une Union Européenne tels qu’ils sont, pour continuer jusqu’à la prochaine crise spéculative, alors notre Parti ne fera pas l’économie d’une scission nécessaire entre ceux qui préfèrent obéir à des faits préparés par les Droites Européennes et ceux qui savent qu’agir selon notre philosophie morale, c’est se confronter aux Droites Européennes.

La première, la plus urgente contribution que le Parti Socialiste peut donc avoir dans le débat démocratique, c’est organiser, le plus vite possible, son congrès. C’est la condition morale à sa survie.

Car le congrès du Parti est le lieu où se retrempe la volonté morale de changer le monde, où se fonde le collectif qui veut la mettre en œuvre, c’est aussi le moment où les militants décident de leur gouvernance et de leurs représentants.

Ne pas tenir un congrès, c’est trahir l’exigence morale de démocratie.

Ne pas écouter les militants, c’est trahir la philosophie même du socialisme, irréductible à l’éthos d’un seul, à l’hybris de quelques uns.