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Friday, 3 March 2017

Deuxième partie de l'entretien sur l'Allemagne avec Coralie Delaume
http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017/02/souverainiste-lallemagne-ne-changera.html


« Souverainiste, l'Allemagne ne changera pas sa politique européenne », entretien avec Mathieu Pouydesseau






Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 15 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé auSPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.

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Long et fouillé, le présent entretien est publié en deux volets. Ci-dessous, le second volet traite essentiellement de l'Allemagne dans les relations internationales et de la manière dont elle conçoit l'Europe. La première partie, qui faisait le point sur l'état du paysage politique allemand avant les élections législatives de 2017, est disponible ici. 


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On voit bien le long processus de morcellement du paysage politique et son résultat paradoxal, qui risque d'être, en somme, le maintien du statu quo. Mais au bout du compte quelles en sont les causes ? Faut-il y voir un effet de la montée des inégalités avec un modèle économique qui fait clairement des gagnants et des perdants ? De la politique migratoire d'Angela Merkel ? De l'apparition dans le pays d'un terrorisme auquel il ne semblait pas s'attendre ?
Il y a des explications conjoncturelles, d'autres structurelles. Et il faut sans doute relativiser un peu le conjoncturel (les attaques terroristes), même s'il s'agit d’événement traumatisants par leur violence. Il faut savoir que l’Allemagne a un passé terroriste. C’est le pays où est née la Fraction Armée Rouge, inspiratrice d’Action directe en France. Et la partie Est a abrité de nombreuses figures des mouvements terroristes palestiniens ou des mouvements de libération divers. L’Allemagne est aussi un pays frappé par un phénomène heureusement peu développé en France : les massacres aveugles de jeunes gens, dans leurs lycées ou dans des écoles. Enfin, il existe un fond d’activisme violent de l’extrême droite dont la face cachée a émergé à la stupéfaction générale en novembre 2011. On a alors découvert qu’un groupe néonazi avait pu mener pendant dix ans une « chasse aux métèques » dans l’impunité totale, tuant 9 immigrés et une policière, et commettant une attaque à la bombe avec 180 blessés. La violence terroriste récente, dramatique, n’est donc pas aussi déterminante que certains l'ont dit. 
Les explications structurelles, davantage économiques, expliquent sans doute mieux un effritement politique visible dès 2005, et qui s’accélère. Là, il faut rappeler l’existence d’une société à trois vitesses en Allemagne. 
Une étude récente publiée par le quotidien économique libéral Handelsblatt soulignait les ressorts du plein emploi allemand, ainsi que les contrastes des évolutions de revenu. Entre 2002 et 2017, en sens inverse d'une démographie déclinante, le nombre d’actifs, a augmenté de 5%. C’était l’objectif des reformes Schröder : pousser à la reprise d’activité de toutes les classes populaires. Mais dans le même temps, le volume d’heures travaillées - et donc rémunérées - a diminué de 5% ! La durée moyenne réelle de la semaine de travail rémunérée est passée de 40 heures en 2002 à … 35 heures en 2016 ! 
L'explication est simple : l’Allemagne a réglé son chômage de masse en procédant à une série de réformes ayant abouti à une gigantesque réduction d’un temps de travail et des salaires imposée aux salariés. Et le nombre de travailleurs pauvres a sur la même période explosé : 10% des salariés gagnent moins que le minimum social et ont recours aux distributions alimentaires. Le taux de pauvreté a progressé entre 2002 et 2016 et reste, avec plus de 16% de la population, 20% plus haut que le taux – pourtant lui-même record – de pauvreté français. 
Dans le même temps, le tiers de salariés travaillant dans les secteurs exportateurs a vu sa durée moyenne de travail hebdomadaire rester stable à 41heures. Ces salariés, les mieux rémunérés, n’ont pas subi ce que les employés de service, agricoles, les intermittents du bâtiment de l’industrie, ont eu à supporter. 
La troisième catégorie enfin, est constituée des 10% les plus riches dont la part dans la richesse nationale allemande a explosé, à rebours d'une tradition allemande d’un certain égalitarisme. 
On se retrouve donc avec une situation explosive au sein de l’économie la plus prospère de l’Union Européenne, car elle maintient 50% de sa population depuis presque 15 ans à l’écart de la prospérité saluée partout. Un vote « antisystème » comme celui qui a permis le succès des Pirates en 2011 était un avertissement sans frais. Aujourd'hui c'est différent. Le vote antisystème se cristallise sur l’AfD, les autres partis essayant de siphonner son électorat en se montrant eux aussi subversifs – jusque dans les rangs de l’Union où le parti régional bavarois CSU est plus critique encore vis à vis de Merkel que le SPD ! 
La chancelière est donc dans une impasse. Son parti la soutient comme la corde le pendu, et se résigne a une nouvelle Grande coalition en 2017. Il est possible toutefois qu’un score médiocre entraînerait le départ de Merkel, peut-être en cours de mandat. L’enjeu pour elle et pour conserver la chancellerie, c’est donc d’assurer à la CDU-CSU de finir devant le SPD aux législatives de septembre.
Pour autant, aucun des deux partis de gouvernement n’a de réponse à la violence et la durée de la crise sociale allemande. L’AfD va donc continuer à progresser. 

Dans les tous premiers entretiens qu'il a accordés à la presse britannique et allemande, DonaldTrump a explicitement visé Berlin (dont les excédents commerciaux excessifs sont toutefois sous surveillance du Trésor américain depuis plusieurs années). Comment les Allemands prennent-ils l'inflexion manifeste de la politique européenne des États-Unis, et la récurrence des critiques américaines contre leur pays ?
Dès 1949 et plus encore après le traité de Paris de 1954, l’Allemagne a misé sur l’OTAN et le partenariat avec les États-Unis. Contrairement à la France, pour laquelle l’OTAN enserre une nation qui se rêve toujours en grande puissance, l’Allemagne a longtemps vu l'Alliance atlantique à la fois comme un bouclier (avoir été zone frontière entre les deux blocs, cela marque) et comme la condition pour redevenir souveraine. 
L’alliance américaine est donc essentielle dans la construction de l’identité même de l’Allemagne d'aujourd'hui, démocratique et pacifique, non interventionniste et en paix avec ses voisins. Cela relève bien sûr pour partie du mythe. Il n’en reste pas moins que l’OTAN et le parapluie militaire ont permis à l’Allemagne de développer une conception mercantile du rapport au reste du monde, sans volonté de puissance et de domination militaire, avec une part du PIB consacre aux dépenses de Défense en baisse constante depuis la chute du mur. L'aspect « sécurité et défense » de la souveraineté nationale allemande a été très efficacement longtemps sous-traité à Washington. 
Cela avaient commencé à changer sous Schröder. La première fois que des militaires ouest-Allemands ont été envoyés en opération hors d’Allemagne, c’est au Kosovo en 1999. Depuis, les Allemands ont été engagés en Afrique, en Afghanistan – avec le terrible bombardement de Kunduz qui fit cent morts civils et coûta sa place à un ministre de la Défense – en Syrie. Pourtant, la République fédérale n’y voit pas du tout l’accomplissement d’un destin de grande puissance. Il ne s’agit que de travailler dans le cadre de l’OTAN. 

C'est donc la mise en cause du parapluie américain, qui inquiète les Allemands, plus que la critique des excédents commerciaux qu'ils se taillent sur les autres pays européens et sur les États-Unis ?
Oui car le changement de braquet qu'esquisse Trump touche là à une impensé radical des élites allemandes, lesquelles n’ont jamais développé de doctrine militaire alternative. 
Par exemple, l’Allemagne n’a jamais envisagé l'Europe de la défense comme un but important. De plus, face à deux pays, France et Grande-Bretagne, bénéficiant de dispositifs complets de défense et de sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU, il n’était pas dans l’intérêt national de se retrouver dominé sur le sol européen. Au moins, la domination de l’OTAN par les USA est-elle conçue comme légitime, alors que reconnaître à la France ou la Grande-Bretagne une position dominante n’est rien moins qu'évidente. C’est pour cela que l'idée française de mutualiser la défense de l’Union émise après les attentats a été ignorée par Berlin, ou que l’Allemagne a toujours refusé que les dépenses militaires et de sécurité soient exclus du calcul des déficits publics. 
Au final, les réactions allemandes ayant suivi l'évocation d'un possible abandon de l’OTAN par les États-Unis sont allés de l'incrédulité à la panique pure, en passant par la tentative de définition dans l'urgence d’un chemin propre à l’Allemagne... sans que soit envisagé à aucun moment de se tourner vers l'Europe. Certaines voix s'élèvent par exemple pour réclamer la création d’une force de dissuasion nucléaire allemande. D’autres affirment que la priorité est à la reconstitution d’un appareil de défense conventionnel puissant et autonome, pour ne pas être dépendant, justement, de la France ou de l’UE. 
Quant à la question des excédents commerciaux excessifs.... l’Allemagne mercantiliste merkelienne ne comprend pas le problème. Pour autant, je ne serais pas surpris de voir l’Allemagne augmenter ses commandes de matériel militaire américain pour compenser en partie cet excèdent, et pour apaiser Washington. 

Aucune chance donc que la politique européenne de l'Allemagne change dans un sens plus redistributif et plus « solidaire », la République fédérale souhaitant préserver ses amitiés européennes à l'heure du désamour américain ?
Ma réponse sera simple : non. La RFA ne souhaite pas préserver ses amitiés. Elle n’a pas le sentiment d’en avoir besoin, ni d’être mise sous pression par quiconque. 
De plus, le principe même qui régit le fonctionnement de l’État fédéral allemand, c'est à dire la solidarité financière entre régions riches et régions pauvres (principe très largement mis en œuvre lors de la réunification) est absolument impensable, pour les Allemands, à l'échelle européenne. Le blocage idéologique sur ce sujet est total. Car la perception de l’Allemagne de son propre rôle dans la crise européenne est très différente de la notre. Le pays se voit comme celui qui aurait paie déjà pour les déficits des autres. C'est évidemment totalement faux. Mais cette propagande sert aux élites actuelles à justifier que les 50% les plus modestes ne voient pas leur situation matérielle s’améliorer depuis 15 ans, mais au contraire se dégrader. 

Après tout ce que vous venez de dire, ne peut-on par affirmer que l'Allemagne est le pays le plus « souverainiste » d'Europe ?
N'oublions jamais l'histoire récente du pays. Pendant les dix années qui suivent la Seconde guerre mondiale, l'Allemagne n'est pas souveraine. Les quatre puissances occupantes exercent le pouvoir exécutif, nomment dans les administrations, directement ou par délégation, et suivant des modalités assez différentes suivant les zones. Ce sont les trois occupants de l'Ouest qui mènent une unification de leurs zones par une réforme monétaire et la création du Deutsche Mark. Des 1949, l'Allemagne est donc coupée en deux par la différence de monnaie. Ce n'est qu'en 1955 que la partie Ouest retrouve une souveraineté et forme la République Fédérale d'Allemagne, membre de l'OTAN. A l'Est se mets en place un régime communiste dominé par la relation à l'URSS. Ce n'est qu'en 1990 que cette partie de l'Allemagne connaîtra ses premières - et dernières - élections libres, avant d'être réunifiée à l'Ouest en octobre 1990. 
L'histoire de l'après-guerre allemand est donc totalement différent de celle de la France. Pendant que la France combat des peuples colonisés aspirant à leur leur propre souveraineté, l'Allemagne parcourt un long chemin pour recouvrir patiemment la sienne. 
La conception même de la démocratie en Allemagne est donc fondamentalement attachée au principe de souveraineté. La loi constitutionnelle allemande, la Grundgesetz, est protégée par un service de police propre - l'équivalent de ce que furent les Renseignements Généraux en France, mais concentrés sur la subversion politique d'extrême-droite comme d'extrême-gauche – et le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe veille jalousement sur la souveraineté du peuple allemand. Cela passe par des dispositions, intégrées par dérogation aux traités, qui accordent au Parlement allemand un droit de regard sur les questions européennes bien plus important que celuidont dispose l'Assemblée Nationale en France ! Notons d'ailleurs que c'est bien le peuple souverain, via ses représentants élus qui est ici au cœur de tout, et non l'exécutif, qui procède du Bundestag. Il n'y a pas en Allemagne de « Président » puissant (même s'il y en a un) et Angela Merkel, toute chancelière qu'elle soit, doit régulièrement négocier avec les différentes ailes de son parti et avec les autres formations au Bundestag. 
Il y a deux principales différences, cependant, entre la vision allemande de l'intégration européenne telle qu'elle existait dans les années 1955-2000, et celle qui prévaut depuis 2000. Tout d'abord, l'Allemagne du XXI° siècle estime avoir suffisamment expiée les crimes de celle du XXème. Fait notable, la Coupe du monde de football de 2006 a permis de recommencer à afficher sans mauvaise conscience un patriotisme du drapeau, une fierté nationale positive. Depuis lors se succèdent les émissions et films retraçant la part allemande de souffrance pendant la seconde guerre : bombardements de Dresde, expulsions des populations germanophones de Prusse orientale, de Bohême, de Pologne, naufrage des navires pleins de civils dans la mer du Nord sous les bombes britanniques etc... Cette relecture fait contraste avec celle de la fin du XXème siècle, où la grande polémique concernait les crimes de l'armée allemande. Ce nationalisme assumé trouve depuis des traductions politiques propres : parti AfD, best sellers populistes de Thilo Sarrazin (auteur la version allemande de la théorie du « grand remplacement », longtemps en charge des finances pour le … SPD de la ville de Berlin, et membre un temps du directoire de la Banque Centrale Allemande...). 
Le XXI° siècle est cependant aussi le siècle de l'unification européenne par la monnaie. Or, l'Allemagne est la seule Nation européenne dont la construction nationale et étatique soit profondément liée à la création d'une union douanière et monétaire - la première fois avec la Zollverein (Union douanière) de 1834, qui précède de peu l'unité politique tardive, la deuxième fois comme rappelé à l'instant entre 1949 et 1990. Les est-Allemands étaient fascinés à l'idée de recevoir des Deutsche Mark au moment de la chute du mur. La décision d'Helmut Kohl de garantir la convertibilité de la monnaie de la RDA en DM, si elle entraîna un surcoût considérable de la réunification et accéléra le déclin économique de la partie Est, explique aussi les succès électoraux du parti de Kohl sur la période. 
Dit autrement: la création d'une monnaie unique avec l'Allemagne consiste à jouer avec un expert en unification monétaire et douanière. Et la question de la monnaie est au cœur même du processus de construction national – au-delà des tartes à la crème sur l'hyperinflation de 1923... 
L'Allemagne est donc, par son histoire, souverainiste. Et alors que la construction européenne fut théorisée par les élites allemandes de l'après-guerre comme un moyen de se protéger contre eux-mêmes et contre leur propre histoire, l'Europe est devenue, à partir de l'unification monétaire, un espace de domination naturel. 
La conception de la souveraineté monétaire est profondément différente, outre-Rhin, de celle de la France. Nous sommes le pays de Philippe le Bel, qui frappe de la fausse monnaie et fait brûler ses créanciers pour conserver le contrôle sur son État, de Louis XV refinançant son État avec Law et provoquant ainsi l’un des premiers grands crash financiers de notre histoire. Nous sommes héritiers de la Révolution issue des États généraux dont l’objet était d’abord le refinancement de la dette publique, Révolution qui finança ses guerres avec une monnaie de singe, les assignats. Pour nous en somme, l’État doit contrôler la monnaie. 
Pour les Allemands, la création d’une monnaie unique précède à deux reprises, en 1834 et en 1949, la création d’un État-nation. Comment pouvons-nous nous comprendre - et nous ajuster - avec un tel éloignement de départ ?
L’amitié franco-allemande n’a pu fonctionner que le temps des générations qui avaient vécu les guerres, entre des gouvernements qui n’avaient pas peur de poser leurs contradictions, leurs conflits et leurs désaccords. On était très loin de la situation actuelle, notamment de la vassalité des élites françaises post-euro.


mon interview sur le site de Coralie Delaume

Entretien avec le blog l'Arene Nue sur l'Allemagne avec Coralie Delaume

Première partie 
http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017/02/en-2010-lallemagne-fait-une-politique.html

« En 2010, l'Allemagne a fait une politique de relance massive », entretien avec Mathieu Pouydesseau




Sigmar Gabriel et Angela Merkel




Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 15 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé au SPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.
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Long et fouillé, le présent entretien est publié en deux volets. Ci-dessous, le premier volet traite essentiellement de l'état du paysage politique allemand, à quelques mois des élections législatives de 2017 qui seront décisives pour le pays et pour l'Europe. Les difficultés rencontrées par les partis de gouvernement (CDU et SPD), le caractère irréconciliable des gauches allemandes, l'effritement ("weimarisation") du paysage politique et la montée de la droite radicale, y sont analysés. 
La seconde partie de l'entretien sera davantage orientée vers l'analyse du modèle économique allemand et sur l'Allemagne dans les relations internationales. 

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Sigmar Gabriel, qui a récemment quitté la direction du SPD et laissera Martin Schulz affronter Angela Merkel aux élections législatives allemandes de 2017, a déclaré fin janvier que la politique de la chancelière avait contribué « de façon décisive aux crises toujours plus profondes de l'Union européenne depuis 2008, à l'isolement d'un gouvernement allemand toujours plus dominant et - en s'accrochant impitoyablement à la politique d'austérité - au chômage élevé hors d'Allemagne ». Or Gabriel est tout de même.... ministre de l’Économie d'Angela Merkel. Quel sens cette déclaration a-t-elle ? Est-ce une façon de fermer la porte à toute nouvelle possibilité de « Grande coalition » après 2017 ?
Au-delà des jeux tactiques, reconnaissons au SPD d'avoir porté des diagnostics justes, dans le débat intérieur, sur les causes et les conséquences de la crise en Europe. Sans jamais cependant en tirer les conséquences politiques.  
Ajoutons ensuite que le surnom de Sigmar Gabriel au SPD, c’est « Zig-Zag Gabriel » pour sa capacité à prendre tout le monde avec constance à contre-pied. Son échec à être le candidat à la chancellerie – à deux reprises ! 2013 et 2017 – alors qu’il est le président du SPD, est inouï dans l’histoire. 
Quoiqu'il en soit, pour comprendre la déclaration de Gabriel, il faut revenir en 2008. La crise financière frappe alors que la première Grande Coalition voit une collaboration assez harmonieuse entre la CDU d'Angela Merkel – dans laquelle deux ailes s'affrontent, interventionnistes et ultralibéraux - et le SPD dominé par son aile droite et notamment par Steinmeier (le conseiller de Schröder à l'origine de « l'agenda 2010 », les reformes controversées du marché du travail et du système d'assurance sociale) et Steinbrück, ministre de l'économie.  
Face à la crise, Angela Merkel, comme à son habitude, joue la montre et refuse de décider quoi que ce soit. Finalement, sous la pression des Américains, des Britanniques et des Français, elle accepte d’abord organiser la recapitalisation du système. Effrayés cependant par les déficits qui s’accumulent, tant Merkel que Steinbrück refusent d’envisager, dans un premier temps, de soutenir la conjoncture. C’est suite à une fronde des députés et aux pressions de ses industriels que l’Allemagne se rallie à un plan de relance massif par l’investissement public (Konjonkturprogramm 1 à 4) et un soutien à l’emploi par la subvention massive du temps partiel comme alternative aux licenciements. En pratique, les entreprises ont eu la possibilité de mettre leurs employés à temps complet en temps partiel pendant une période portée à deux ans, avec l’État et l’assurance chômage versant la différence entre salaire à temps complet et temps partiel – soutenant la demande intérieure. 
Allons bon ! L'Allemagne qui prône aujourd'hui le malthusianisme budgétaire tous azimuts à fait, sous l'impulsion de la CDU, de l'aile droit du SPD, et sous la pression des industriels, de la relance keynésienne.... 
Oui et ça a marché. C’est là que se noue l’avantage compétitif allemand en Europe. Jusqu’en 2007 l’Allemagne se traîne en queue ou dans la moyenne de l’Union Européenne sur tous les grands indicateurs économiques. Le livre de Guillaume Duval « Made in Germany », a parfaitement exposé comment la réussite allemande s’est faite en dépit des réformes de Schröder et Steinmeier, et non grâce à elles, quoiqu'en dise la légende. 
Pourtant, en septembre 2009, le SPD est laminé aux élections. Pour quelle raison ?
Ce plan de relance particulièrement réussi, mis en musique par le SPD, ne profite finalement qu'à Angela Merkel. Le SPD est pris dans les contradictions. D’une part, son appareil est dominé par les schröderiens. D’autre part, les résultats de la politique qu'il inspire sont enfin efficaces, mais sont à l’opposé des primats idéologiques des réformes de 2003 : ce n’est pas la relance de l’offre, mais bien celle de la demande qui a relancé l’Allemagne. Gêné par tout cela, le parti ne cherchera jamais à revendiquer ce succès pour lui-même.  
De son côté, Merkel, pour pousser la division à gauche à son extrême, commencera dés 2009 à tresser des lauriers de héros incompris à Gerhard Schröder, enfermant les gauches dans leurs contradictions. Pour la droite allemande, il est indispensable en effet d'empêcher toute coalition possible des trois partis de gauche allemands. 
L'origine du mythe schrödérien, en tout cas, se trouve là. En Allemagne, on est persuadé d’une réussite économique « méritée », due à « les efforts douloureux nécessaires », que les autres pays d'Europe n'ont qu'à faire à leur tour s'ils veulent réussir aussi bien. 
Et le trois partis de gauche qui ne doivent surtout pas s'allier selon Merkel, qui sont-ils ?
Et bien ce sont d'abord les Linke, issu de l’alliance des anciens communistes de l’Est et des dissidents du SPD (les frondeurs allemands si on veut) partis pendant le deuxième mandat de Schröder, alliance symbolisée par le couple politique et privé de Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, ministre des finances éphémère en 1998 démissionnant par refus d’une inflexion sociale-libérale, et Sahra Wagenknecht, de 25 ans sa cadette, née en RDA, figure du courant néo-marxiste, présidente du groupe parlementaire des Linke depuis 2015. 
Viennent ensuite les Verts, pari écologiste traversé par deux grands courants idéologiques, l’un plutôt conservateur né dans la lutte contre la construction de centrales nucléaires dans les régions rurales chrétiennes de l’Allemagne du Sud, et l’autre issu des mouvements post-68 dans les bassins urbains notamment de Francfort et Mannheim, où Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit partagèrent un appartement. 
On a enfin le SPD, fier de ses 150 ans d’histoire, adossé à un puissant mouvement syndicaliste mais profondément affaibli depuis le tournant social-libéral du « progressisme » dans sa version Clinton-Blair-Schröder de la fin des années 1990, passé de 42% en 1998 à 25% en 2013. Les sondages avec Schulz comme tête d'affiche le donnent aujourd'hui à 30-32%. 
Face à la déroute de 2009, Sigmar Gabriel, alors ex-président de la région de Basse-Saxe, engage un timide virage sur sa gauche.  Le symbole de cette évolution est son slogan de « Mitte-Linke » ( « Au centre à gauche ») prenant le contre-pieds du slogan de Schröder ( « Neue Mitte » : le « nouveau centre ») .
A l’époque, la Fondation Friedrich Ebert – proche du SPD – publie des études macro-économiques assez complètes sur l’efficacité de la relance de 2009-2010, pose les principes d’une relance européenne et défend, face aux attaques spéculatives contre les dettes publiques, l’idée de forme de mutualisation. 
Sigmar Gabriel reste pourtant inaudible : Merkel a conservé le pouvoir en s’alliant aux libéraux du FDP – 14% des voix, leur record ! – et ceux-ci veulent une politique massive de réduction des impôts notamment sur les classes supérieures, et soutiennent, en Europe, le tournant austeritaire.  C’est ce qui amènera le traité fiscal européen (le TSCG), conçu par une Europe dominée par les droites. Ce traité fiscal et la violente contraction des dépenses publiques européennes tuera la relance de 2010 – l’Union Européenne est la seule région du monde à s’enfoncer dans une récession en 2012, une crise inutile provoquée par l’obsession idéologique des droites européennes pour l’équilibre budgétaire.  
L’Allemagne, qui n’ayant pas, quant à elle, désarmé son appareil productif entre 2008 et 2009, bénéficie déjà de la relance de la demande mondiale : le monde en 2012 voit une croissance supérieure à 3%, les États-Unis également. Elle s’en sortira donc bien mieux que les autres. 
Pour résumer, en 2009, les sociaux-démocrates perdent pied et Merkel se choisi un autre allié de coalition, le parti libéral (FDP). Mais la donne a changé depuis lors. Depuis 2013, la gauche est majoritaire au  Parlement allemand. Pourquoi gouverner à nouveau en coalition avec la CDU et la CSU ? 
A tout moment, le SPD aurait pu faire tomber Merkel et lancer une coalition à gauche. Mais l’appareil du parti ne peut envisager d’alliance avec les Linke. Par ailleurs, les relations sont difficiles entre Linkeet Verts, une partie des Verts étant issu des mouvements démocratiques en Allemagne de l’Est qui menèrent à la chute du mur, cependant qu'une partie de l’appareil des Linke à l’Est a été membre du parti communiste en RDA.... 
L'actuelle Grande coalition - l'actuelle en somme - aurait dû permettre à Sigmar Gabriel de se poser face à Merkel comme un candidat du renouveau. Mais il est limité par beaucoup de facteurs : son incohérence doctrinale – un coup à droite, un coup à gauche – sa dépendance politique aux lobbys industriels et agricoles de Basse-Saxe ( siège de Volkswagen, mais aussi des éleveurs porcins utilisant toutes les subtilités du droit européen, et notamment les travailleurs agricoles détachés de pays de l’Est, pour réduire leurs coûts de revient et tailler des croupières aux éleveurs bretons ) et ses compromissions avec la nouvelle extrême-droite allemande – il a participé en 2015 à un débat de Pegida – « Parti contre l’islamisation de l’Allemagne ». Sans parler de ses inconséquences sur la question des réfugiés : il a mené une campagne de presse humanitaire assez médiocre avec un acteur allemand, Till Schweiger, pour renverser l’opinion publique à l’été 2015, mettant suffisamment de pression sur Merkel pour que celle-ci annonce à la fin de l’été l’ouverture unilatérale des frontières, ce qui a provoqué une crise européenne inouïe. 
Enfin, comme ministre de l’Économie, il a défendu avec acharnement les accords de libre-échange TTIP et CETA, alors que le SPD avait passé des motions critiques vis-à-vis des deux accords, et que ce sujet a vu à deux reprises, pour un pays n’en ayant pas du tout la culture, des manifestations monstres se tenir en Allemagne contre ces accords.
N’oublions pas enfin qu’en juillet 2015, tant Steinmeier que Schulz ou Gabriel se sont montrés extrêmement virulents à l’égard de Tsipras et de la Grèce, ayant pu même apparaître parfois comme plus exigeants que la Troïka. 
Outre la division des gauche dont on vient de parler, le paysage politique allemand semble à son tour s'effriter, comme dans toute l'Europe d'ailleurs. Les partis de la coalition au pouvoir sont perte de vitesse et on assiste à une montée brutale de l'extrême-droite (AfD). A quoi cela tient-il ?
Le mode de scrutin allemand, qui requiert des partis un minimum de 5% des voix, a en partie dissimuler  l'effritement, mais il a en effet commencé dès les années 2000.  
En 1998, au moment de la victoire de Schröder, la situation politique est limpide: il y a la droite avec la CDU, le centre libéral avec le FDP, les écologistes, le SPD et la survivance du parti communiste est-allemand, le PDS, présent seulement dans les régions qui formaient la RDA. 
Ce sont les réformes Schröder qui, en divisant profondément le SPD, provoquent une scission et enclenchent le mouvement d’effritement, le PDS moribond s’alliant avec les syndicalistes et l’aile gauche “frondeuse” du SPD pour former les Linke, et devient un parti présent partout en Allemagne. Cet effritement, ce que j’appelle la « Weimarisation », se poursuit en touchant une partie de la population peu politisée, et tentée par des mouvements aux doctrines opposées, mais au discours antisystème. J’avais analysé les élections locales, municipales et régionales de 2011 : dans tous les cantons, on voyait un électorat antisystème se cristalliser à 3-5% des voix, hésitant selon les bureaux de vote entre le parti néo-nazi NPD et le parti libertarien « Les Pirates ». Ceux-ci réussirent d’ailleurs à entrer dans des parlements régionaux entre 2011 et 2012 (9% des voix à Berlin) ! 
Plus récemment, en 2016, l’analyse des mêmes scrutins montrent que partout où s’étaient cristallisé ces deux électorats ( qui s’excluaient : on était dans telle bourgade Pirate, dans telle autre côté NPD ) disparaissaient sous la vague du nouveau parti à la droite de Merkel, l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »). Cette dernière naît au départ, en 2012, d’une réflexion d’économistes ordolibéraux, qui jugent les politiques mises en place depuis 2009 pour résorber la crise financière, puis pour traiter la crise de la dette publique européenne, illégales et contraires aux intérêts nationaux allemands. 
Le scrutin de 2013 voit déjà cet émiettement tant à gauche qu’à droite, émiettement qui ne se traduit cependant pas en sièges au Bundestag du fait du seuil des 5% pour avoir des élus.  Les deux grand partis CDU (42%) et SPD (25%) rassemblent à eux deux 67% des voix (mais c’était 80% des voix en 1998).  Les Verts et les Linke se retrouvent seules oppositions parlementaires avec chacun un peu plus de 8% des voix. Les libéraux du FDP et l’AfD manquent de très peu l’entrée au Bundestag, le NPD et le Pirates ne rassemblent plus que 2% chacun. 
Mais depuis, l'AfD a changé de discours. Son souci principal n'est plus l'euro et le refus de « payer pour l'Europe du Sud », mais davantage l'immigration et la question de l'islam. Est-ce cela qui a permis sa progression rapide ? 
Oui, l’AfD s’est radicalisée, donnant un débouché politique aux mouvements Pegida.  Du coup l'effritement se poursuit. En 2014 aux élections européennes, la CDU et le SPD ne rassemblent plus que 62% des électeurs, et l’AfD monte à 7%. Elle obtient des élus. 
Les élections régionales confirment le phénomène, et la construction des majorités de coalition dans les Lander devient pittoresque, puisque trois partis sont désormais nécessaires à chaque fois. On parle ainsi de « Coalition Jamaïque » (Verts, Conservateurs, Libéraux), de « Feu de Circulation » (« Ampel », Verts, SPD, Libéraux), etc.Tout ceci rend difficile la respiration démocratique en mélangeant partis et doctrines, suivant des considérations tactiques. 
Un pronostic, du coup, pour les élection législatives de septembre 2017 ?
Les sondages du 11 février 2017 donnent ceci : CDU et SPD au coude à coude, à 31-33% chacun. Si la candidature Schulz, un homme inconnu du grand public allemand, provoque un sursaut d’intentions pour le SPD, cela démontre surtout l’appétit de nouveauté des allemands après 12 ans de Merkel. Le troisième parti en intention de vote est … l’AfD, à 10% ! Il est suivi des Verts et des Linke, chacun proche des 8%, et des libéraux qui reviendraient au Bundestag avec 6% des voix. 
L'émiettement pourrait donc être confirmé.  D’un parlement dominé par trois partis dans l’après-guerre, puis quatre avec les Verts à la fin des années 80, puis cinq avec l’ex parti communiste PDS, on pourrait voir, malgré le seuil de représentation à 5%, pas moins de six partis au Bundestag en 2017 ! Dans ces conditions, la seule coalition crédible et probable me semble rester une nouvelle Grande coalition. 

Tuesday, 21 February 2012

Berlinale 2012: Le Palmarès

Berlinale 2012 : Les Palmarès, un bilan personnel
La Berlinale 2012 s'est achevée samedi soir avec la publication des prix, les Ours d'Or et d'Argent, récompensant les films de la sélection officielle, ainsi que la communication des prix indépendants et/ou des autres sections du festival.
Le vendredi déjà avait eu lieu la cérémonie des « Teddy Awards », récompensant les films traitant d'une manière ou d'une autre de problématiques LGBT, transversale à toutes les sections du festival.
Voici les Palmarès :


Officiel :
Jury : Mike Leigh (Président), Anton Corbijn, Asghar Farhadi, Charlotte Gainsbourg, Jake Gyllenhaal, François Ozon, Boualem Sansal and Barbara Sukowa.

GOLDEN BEAR FOR THE BEST FILM - Caesar Must Die by Paolo & Vittorio Taviani
JURY GRAND PRIX-SILVER BEAR - Just The Wind by Bence Fliegauf
SILVER BEAR FOR BEST DIRECTOR - Christian Petzold for Barbara
SILVER BEAR FOR BEST ACTRESS - Rachel Mwanza in War Witch by Kim Nguyen
SILVER BEAR FOR BEST ACTOR - Mikkel Boe Følsgaard in A Royal Affair by Nikolaj Arcel
SILVER BEAR FOR AN OUTSTANDING ARTISTIC CONTRIBUTION - Lutz Reitemeier for the photography in White Deer Plain by Wang Quan'an
SILVER BEAR FOR THE BEST SCRIPT - Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg for A Royal Affair by Nikolaj Arcel
ALFRED BAUER PRIZE (Awarded in memory of the Festival founder, for a work of particular innovation) - Tabu by Miguel Gomes
SPECIAL PRIZE-SILVER BEAR - Sister by Ursula Meier
BEST FIRST FEATURE AWARD - Kauwboy Kauwboy by Boudewijn Koole
Indépendants :
TEDDY AWARD - Keep the Lights On
TEDDY AWARD  Short Film : Loxoro
THE CRYSTAL BEAR PART 2 - Night of Silence
DIALOGUE EN PERSPECTIVE - This Ain't California
AMNESTY FILM PRIZE - Just the Wind
PEACE FILM PRIZE - Just the Wind
NETPAC AWARD- Modest Reception
CINEMA FAIRBINDET PRIZE - Call Me Kuchu
CALIGARI FILM PRIZE - Beyond the Hill
ECUMENICAL JURY PRIZE - Caesar Must Die (Competition), The Wall (Panorama), The Delay (Forum)
FIPRESCI JURY PRIZE - Tabu (Competition), Atomic Age (Panorama), Hemel (Forum)
C.I.A.C.E. PRIZES - Death For Sale (Panorama), Our Homeland (Forum)
EUROPEAN CINEMA LABEL PRIZE - My Brother the Devil

Je vais d'abord commenter ces palmarès avant de revenir sur ma Berlinale.
Avertissement : je n'ai pas vu tous les films primés en compétition officielle. En fait, de tous les films récompensés dans la sélection officielle je n'en ai vu qu'un, l'ours d'argent « mention spéciale » pour « L’enfant d'en Haut » de Ursula Meier.
J'ai vu en compétition Kebun Bunatang (Cartes postales du Zoo), et les deux spéciales Extremely loud and incredibly close et Les Adieux à la Reine.
Mon analyse repose donc sur les conversations avec mes amis ayant vu les autres films, les critiques lues, et aussi mon opinion des films en compétition que j'ai vu.
D'une manière générale je suis assez déçu par les Ours de cette année. Tout le monde s'accorde à dire que la sélection 2012 était un grand cru, et le palmarès aurait pu aussi donner une direction au cinéma, à la Berlinale, en faisant confiance à l'avenir. Le palmarès 2012 est ennuyeux, conformiste, conservateur dans ses choix cinématographiques, tant dans les parti-pris esthétiques que dans la générosité auto-attribuée des thématiques distinguées. Je m'explique :

Les Frères Taviani ont réalisé un très bon film. En partie en Noir et Blanc. Sur un sujet social, politique et philosophique : des détenus condamnés à de très longues peines mettant en scène une pièce de théâtre. Mais ce n'est pas par ce que le traitement en noir et blanc, ou avec des images tirant sur le noir et blanc, est très à la mode en ce moment qu'il faille absolument récompenser par l'Ours d'Or deux réalisateurs déjà reconnus pour l'ensemble de leur œuvre. L’Ours d'Argent de la mise en scène aurait permis d'à la fois d'honorer leur œuvre que ce film. Cela aurait permis de monter en grade la contribution hongroise Just the Wind, qui a fait l'unanimité y compris dans les prix non officiels, et/ou Barbara.
La récompense pour la meilleure actrice de Rachel Mwanza pour Rebelle est aussi discutable. Léa Seydoux a crevé l'écran de la Berlinale avec deux films, Les Adieux à la Reine et L’enfant d'en Haut (Sister), est une jeune actrice capable à la fois de s'investir dans une grande coproduction à costume que dans un drame social et philosophique très justement tourné. La reconnaître aurait été justement un engagement pour le futur du cinéma. Rebelle aurait pu recevoir la mention spéciale, reconnaissant le travail du réalisateur, qui a trouvé et formé son actrice principale.

Je ne comprends absolument pas le prix du meilleur acteur. On a l'impression que le jury a eu peur de passer pour une bande de vieux barbons dépressifs, et donc a reconnu une comédie avec 2 prix. J'adore l'amour danois, les comédies danoises sont toujours jubilatoires d'humour noir et subtil, combiné avec un esprit de farce gargantuesque. Mais ce prix paraît plaqué artificiellement, incohérent. D'autant que ce film a obtenu 2 prix ! J'aurai préféré voir Tabu, le film le plus encensé par les critiques et les cinéphiles enragés, recevoir plus qu'une mention artistique semi-confidentielle, et recevoir l'un des prix de « Une Affaire Royale ».
Cela aurait libéré de la place pour reconnaître le très beau film indonésien Kebun Binatang, qui du fait d'une ou deux imperfections (un acteur un peu faible dans le rôle du magicien par exemple) méritait ce prix artistique mais pas plus.

Les autres Prix :
J'ai eu beaucoup plus de chance dans mes choix hors-compétition, ayant visionné les prix Teddy Awards, Keep the Lights On, et les prix du public Panorama et LGBT, Parade. Mon film préféré, Modest reception, a obtenu le prix du meilleur film asiatique ! J'ai aussi vu le court-métrage Loxoro, Teddy Award pour court-métrage, ainsi que le prix Forum : « Our Homeland » (Kazuko no Kuni) film très impressionnant.
Synthèse : une excellente sélection, meilleure qu'en 2012, mais un palmarès décevant, le jury 2011 avait été plus inspiré.
Prochain article : MA Berlinale.
Le Palmarès
Un article (anglais) dans Variety
Un article (allemand) dans Kinozeit
Un article (Francais) de Telerama
A noter que je n'ai lu l'article de Telerama que je référencie qu'aprés avoir écrit mon article. Nous disons à peu prés la même chose!
Ma galerie Berlinale 2012 (copyright moi-même)

Monday, 13 February 2012

Berlinale 2012 First Impressions

Galerie Updated!

Berlinale first Feelings after the first Week-end: 10 movies seen, in almost all section (Competition, Panorama, Forum, Special, Perspective German Cinema, Generation, Retrospective), from almost all continents (France, Germany, China-Taiwan, Japan, Philippines, Lebanon, Haiti, Sweden, USA, still missing Africa), features and docus, experimental and big costume production.
Each Berlinale has of course its strongpoints, but with 407 movies proposed it's very much up to each individual to do its own programm according to its own interest (except you are stuck with 24 orders from your editor in chief, but I am here private or maybe as small blogger from the corner, so no Editor in Chief). (and yes, "its" is correct.)
So what is the fazit in all those movies for me up to now? (subjective of course)
There is one strong trend family on love, what is a couple, or gender, or sexual orientation and/or sexual attraction: Keep the Light On, Man for a Day, Elles, Love, even in a sense les Adieux à la Reine.
A second one on splitted Family, brotherhood, absent fathers: Love, Iskander, Kazuko no Kuni, My Father is still a communist, but I am not so sure about Woman in septic tank but could be. (the servant says in Les Adieux she grew up without her parents, does it count here?)
Third: Social conditions and classwarfare: Um's tagliche Brot, the condition of the working class in england, and in some way Elles, les Adieux à la Reine and The woman in the septic tank, and in a subtle way Man for a Day
Fourth: what is or What for cinema? The Woman in a septic Tank, the whole Programm C, Keep the Lights and Love on in a sense (shooting guys represented, using their works to some purposes IN their lives).
Will see if new trends are popping up in the next 7 days left at Berlinale 2012!
Album that I will irregulary update with new pictures

Thursday, 9 February 2012

Berlinale 2012: La Berlinalite

Beaucoup de berlinois, notamment ceux nés ici, mais aussi une proportion non négligeables de ceux ayant choisi de le devenir, ignorent la Berlinale. Le Festival est le plus grand festival de cinéma ouvert au public de la planête, mais beaucoup de berlinois considérent la manifestation comme un débarquement d'extra-terrestres, un peu moins exotique peut-être qu'une visite de Jeunesses Catholiques au KitKatKlub, mais quand même bien loin de l'intérêt populaire pour la Grüne Woche (le salon de l'agriculture), le salon du Tourisme, voire le salon des nouvelles technologies.

Il existe cependant également une population trés spéciale, de berlinois et d'ex-berlinois, pour qui la vie se divise en deux saisons: l'été d'un côté, de Mai à Septembre, et la longue saison d'Octobre à Avril où l'on attends la Berlinale, la voit venir, s'organise frénétiquement lorsqu'elle est là, la vit complétement et sans concessions, la voit partir, se retrouve pour une thérapie de groupe de la gueule de bois post-traumatique, avant de se battre avec une profonde dépression hivernale, en attendant les beaux jours.
C'est la population atteinte de Berlinalite.
Rien ne sera épargné pour dégager du temps et de l'argent pour la Berlinale, les vacances sont posées dés le 20 Février pour l'année suivante, on ne change pas de boulot en Février, on refuse toute réunion de famille, de toute maniére en Février nous n'avons qu'une famille: celles et ceux qui comme nous sommes à la recherche de cartes, vont nous acheter des cartes ou pour qui nous les rachetons, avec qui on boit le capuccino zu mitnehmen en courrant entre deux salles (les films commencent à l'heure et les salles sont fermées aux retardataires), avec qui nous sortons épuisés et heureux à 2:00 du mat par tempête de neige aprés la derniére scéance de la nuit, sachant que l'on se retrouve pour le petit déj à un film Génération entourés de gamines et gamins à 09:00.
Dans cette affection, le mois de Mars est le pire de l'année. Mars n'a rien à faire dans un calendrier. C'est un mois inutile, douloureux et superfétatoire, que l'on pourrait avantageusement remplacer par un avancement de Juin trois mois plus tôt.
(Cher Dieter Kösslick, si par le plus grand des hasards tu me lis à traver une traduction automatique: Oui, je milite pour le rétablissement de la Berlinale à son rendez-vous de Juillet/Août! Aprés tout, les Oscars se sont déplacés fin février, cela embête tout le monde, remettons le festival en été. Avantage: l'année du déplacement on fera deux festivals!)

Comment attrape t-on la Berlinalite?
Chacun a son histoire particuliére: infection par un amant une maitresse nous ayant conduit pour la premiére fois sur place, visite sans savoir d'une salle de cinéma, choix conscient adulte de faire l'expérience de la Berlinale...
Moi, cela m'a pris par hasard et par surprise alors que j'étais ici depuis plus de deux ans déjà. Je venais de voir mon premier Bollywood, et découvrais stupéfait un cinéma qui me faisai pleurer à grosses, chaudes, sincéres, larmes, alors que franchement, sans vouloir jouer le macho, l'une de mes "Macke" est de ne pas montrer assez mes sentiments...Par ailleurs, aucun Hollywood ne m'a jamais arraché la même explosion de sentiments.
Je voulais voir d'autre Bollywood, et devai me résoudre: soit j'entamai la tournée des petites boutiques pakistanaises de Düsseldorf, Frankfurt, Berlin, à la recherche de dvd sans sous-titres, soit j'allais passer quelques week-ends en Angleterre, soit j'attendais le retour de la Berlinale.
Je décidai de suivre chacune de ces stratégies, poussant même le bouchon jusqu'à aller en Inde, où nous vîmes un Bollywood à Jaipur et un autre à Mumbai (Pinjar, pour les fans).
Revint la Berlinale 2004, et je m'y lancai à fond. La Berlinalite était maintenant profondément inoculée, incurable.

Pour l'instant, voici les cartes que j'ai pu me procurer (consommation personnelle, j'ai acheté pas mal de cartes pour des amis et des amis d'amis):
Vendredi 10
Keep the Lights on
Um's tägliche Brot
Les Adieux à la Reine
Bestiaire
Samedi 11:
Isdraken
Man for a day
Kazoku no Kuni
Ang Babae sa septic Tank
Dimanche 12, j'ai un match par équipe d'Èchecs le matin:
Programm C
Lundi 13:
Extremely Loud and incredibly...
Mardi 14:
Beirut Calling
Mercredi 15:
Hindsight
Jeudi 16:
Parada
Kebun binatang
Dimanche 19:
Prasdnik Swjatowo Jorgena avec en introduction le merveilleux "Chess Fever"!
Oui, il s'agit de voir ces films au CINEMA!
Je suis l'auteur "copyright" de toutes les photos de ce blog.

Sunday, 5 February 2012

Ein Gefahr in Europa: Merkozy, verbundete gegen Hollande

Die Konservativen in Europa haben Angst: dass die Europäer plötzlich entdecken, dass es Alternative gibt, dass Europa nicht durch selbstmörderische Sparsamkeit sondern durch Investition und Umverteilung sein Problem lösen kann.
Also gibt es eine neue Allianz. Es geht um das heilige Doxa der europäische Liberal -konservatismus. Da wird Orban gegen alle verteidigt, als Demokratiekämpfer umgeschrieben. Da werden alle noch schwache funkelnden Lichtern einer sozial-demokratische Denkens erstickt, Zapatero und Papandreou aussortiert.
Und da gibt es plötzlich einen große Gefahr.
Sehr großen Gefahr.
Womöglich könnte einer der wichtigsten Volkswirtschaft demokratische eine neue Orientierung einschlagen wollen.
Vielleicht wird doch etwas anderes in Europarat ankommen.
Vielleicht wird Francois Hollande doch Präsident, und die routinierte Ausbeutung um die Bankstern zu retten anhalten.
Schrecken und Verzweiflung, Angst und Panik, Tränen und Schreien!
Aber es gibt noch eine Chance für diesen Pack. Ja, Genau! Angela wird das einrichten wissen! Also wird Angela statt Nicolas in Frankreich antreten!
Und sieh da! Die konservative Presse mache mit!
Seit 3 Tagen ein Flut an "Meinungen" "Analysen" in der deutsche Presse unzw... die Hollande als Gefahr, als Antichrist, als neuen Bolschewisten beschreiben! Mit einem Gero von Radow der sich sogar zwischen die Zeit und Handelsblatt selbst plagiert! Merkel und Sarkozy werden sogar einen gemeinsam Wahlkampfauftritt morgen in ZDF und France2 haben, so ernst ist die Lage!
Was für eine beschämende Allianz, armselige Koalition der Heuchlern, Inkompetenten und selbst ernannte "Konsolidatoren". Die sind diejenige die Europa hierher geführt haben, die die letzten 2 Jahren massiv an eine Verschlechterung der Situation hingearbeitet haben, die immer noch nicht verstanden haben, dass Blut-saugen ins Kino gehört, und nicht in volkswirtschaftliche Handeln.
Liebe deutsche Freunden, um eurer Interesse Willens, Unterstützt Francois Hollande, bitte hier "Like" machen:
https://www.facebook.com/#!/francoishollande.fr
2 Papier zum AQLternative hier:
the-costs-of-waving-goodbye-to-greece-make-it-unlikely-to-happen/
europes-deepening-labour-market-crisis-an-indictment-of-mistaken-policy/