Friday, 3 March 2017

mon interview sur le site de Coralie Delaume

Entretien avec le blog l'Arene Nue sur l'Allemagne avec Coralie Delaume

Première partie 
http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017/02/en-2010-lallemagne-fait-une-politique.html

« En 2010, l'Allemagne a fait une politique de relance massive », entretien avec Mathieu Pouydesseau




Sigmar Gabriel et Angela Merkel




Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 15 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé au SPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.
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Long et fouillé, le présent entretien est publié en deux volets. Ci-dessous, le premier volet traite essentiellement de l'état du paysage politique allemand, à quelques mois des élections législatives de 2017 qui seront décisives pour le pays et pour l'Europe. Les difficultés rencontrées par les partis de gouvernement (CDU et SPD), le caractère irréconciliable des gauches allemandes, l'effritement ("weimarisation") du paysage politique et la montée de la droite radicale, y sont analysés. 
La seconde partie de l'entretien sera davantage orientée vers l'analyse du modèle économique allemand et sur l'Allemagne dans les relations internationales. 

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Sigmar Gabriel, qui a récemment quitté la direction du SPD et laissera Martin Schulz affronter Angela Merkel aux élections législatives allemandes de 2017, a déclaré fin janvier que la politique de la chancelière avait contribué « de façon décisive aux crises toujours plus profondes de l'Union européenne depuis 2008, à l'isolement d'un gouvernement allemand toujours plus dominant et - en s'accrochant impitoyablement à la politique d'austérité - au chômage élevé hors d'Allemagne ». Or Gabriel est tout de même.... ministre de l’Économie d'Angela Merkel. Quel sens cette déclaration a-t-elle ? Est-ce une façon de fermer la porte à toute nouvelle possibilité de « Grande coalition » après 2017 ?
Au-delà des jeux tactiques, reconnaissons au SPD d'avoir porté des diagnostics justes, dans le débat intérieur, sur les causes et les conséquences de la crise en Europe. Sans jamais cependant en tirer les conséquences politiques.  
Ajoutons ensuite que le surnom de Sigmar Gabriel au SPD, c’est « Zig-Zag Gabriel » pour sa capacité à prendre tout le monde avec constance à contre-pied. Son échec à être le candidat à la chancellerie – à deux reprises ! 2013 et 2017 – alors qu’il est le président du SPD, est inouï dans l’histoire. 
Quoiqu'il en soit, pour comprendre la déclaration de Gabriel, il faut revenir en 2008. La crise financière frappe alors que la première Grande Coalition voit une collaboration assez harmonieuse entre la CDU d'Angela Merkel – dans laquelle deux ailes s'affrontent, interventionnistes et ultralibéraux - et le SPD dominé par son aile droite et notamment par Steinmeier (le conseiller de Schröder à l'origine de « l'agenda 2010 », les reformes controversées du marché du travail et du système d'assurance sociale) et Steinbrück, ministre de l'économie.  
Face à la crise, Angela Merkel, comme à son habitude, joue la montre et refuse de décider quoi que ce soit. Finalement, sous la pression des Américains, des Britanniques et des Français, elle accepte d’abord organiser la recapitalisation du système. Effrayés cependant par les déficits qui s’accumulent, tant Merkel que Steinbrück refusent d’envisager, dans un premier temps, de soutenir la conjoncture. C’est suite à une fronde des députés et aux pressions de ses industriels que l’Allemagne se rallie à un plan de relance massif par l’investissement public (Konjonkturprogramm 1 à 4) et un soutien à l’emploi par la subvention massive du temps partiel comme alternative aux licenciements. En pratique, les entreprises ont eu la possibilité de mettre leurs employés à temps complet en temps partiel pendant une période portée à deux ans, avec l’État et l’assurance chômage versant la différence entre salaire à temps complet et temps partiel – soutenant la demande intérieure. 
Allons bon ! L'Allemagne qui prône aujourd'hui le malthusianisme budgétaire tous azimuts à fait, sous l'impulsion de la CDU, de l'aile droit du SPD, et sous la pression des industriels, de la relance keynésienne.... 
Oui et ça a marché. C’est là que se noue l’avantage compétitif allemand en Europe. Jusqu’en 2007 l’Allemagne se traîne en queue ou dans la moyenne de l’Union Européenne sur tous les grands indicateurs économiques. Le livre de Guillaume Duval « Made in Germany », a parfaitement exposé comment la réussite allemande s’est faite en dépit des réformes de Schröder et Steinmeier, et non grâce à elles, quoiqu'en dise la légende. 
Pourtant, en septembre 2009, le SPD est laminé aux élections. Pour quelle raison ?
Ce plan de relance particulièrement réussi, mis en musique par le SPD, ne profite finalement qu'à Angela Merkel. Le SPD est pris dans les contradictions. D’une part, son appareil est dominé par les schröderiens. D’autre part, les résultats de la politique qu'il inspire sont enfin efficaces, mais sont à l’opposé des primats idéologiques des réformes de 2003 : ce n’est pas la relance de l’offre, mais bien celle de la demande qui a relancé l’Allemagne. Gêné par tout cela, le parti ne cherchera jamais à revendiquer ce succès pour lui-même.  
De son côté, Merkel, pour pousser la division à gauche à son extrême, commencera dés 2009 à tresser des lauriers de héros incompris à Gerhard Schröder, enfermant les gauches dans leurs contradictions. Pour la droite allemande, il est indispensable en effet d'empêcher toute coalition possible des trois partis de gauche allemands. 
L'origine du mythe schrödérien, en tout cas, se trouve là. En Allemagne, on est persuadé d’une réussite économique « méritée », due à « les efforts douloureux nécessaires », que les autres pays d'Europe n'ont qu'à faire à leur tour s'ils veulent réussir aussi bien. 
Et le trois partis de gauche qui ne doivent surtout pas s'allier selon Merkel, qui sont-ils ?
Et bien ce sont d'abord les Linke, issu de l’alliance des anciens communistes de l’Est et des dissidents du SPD (les frondeurs allemands si on veut) partis pendant le deuxième mandat de Schröder, alliance symbolisée par le couple politique et privé de Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, ministre des finances éphémère en 1998 démissionnant par refus d’une inflexion sociale-libérale, et Sahra Wagenknecht, de 25 ans sa cadette, née en RDA, figure du courant néo-marxiste, présidente du groupe parlementaire des Linke depuis 2015. 
Viennent ensuite les Verts, pari écologiste traversé par deux grands courants idéologiques, l’un plutôt conservateur né dans la lutte contre la construction de centrales nucléaires dans les régions rurales chrétiennes de l’Allemagne du Sud, et l’autre issu des mouvements post-68 dans les bassins urbains notamment de Francfort et Mannheim, où Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit partagèrent un appartement. 
On a enfin le SPD, fier de ses 150 ans d’histoire, adossé à un puissant mouvement syndicaliste mais profondément affaibli depuis le tournant social-libéral du « progressisme » dans sa version Clinton-Blair-Schröder de la fin des années 1990, passé de 42% en 1998 à 25% en 2013. Les sondages avec Schulz comme tête d'affiche le donnent aujourd'hui à 30-32%. 
Face à la déroute de 2009, Sigmar Gabriel, alors ex-président de la région de Basse-Saxe, engage un timide virage sur sa gauche.  Le symbole de cette évolution est son slogan de « Mitte-Linke » ( « Au centre à gauche ») prenant le contre-pieds du slogan de Schröder ( « Neue Mitte » : le « nouveau centre ») .
A l’époque, la Fondation Friedrich Ebert – proche du SPD – publie des études macro-économiques assez complètes sur l’efficacité de la relance de 2009-2010, pose les principes d’une relance européenne et défend, face aux attaques spéculatives contre les dettes publiques, l’idée de forme de mutualisation. 
Sigmar Gabriel reste pourtant inaudible : Merkel a conservé le pouvoir en s’alliant aux libéraux du FDP – 14% des voix, leur record ! – et ceux-ci veulent une politique massive de réduction des impôts notamment sur les classes supérieures, et soutiennent, en Europe, le tournant austeritaire.  C’est ce qui amènera le traité fiscal européen (le TSCG), conçu par une Europe dominée par les droites. Ce traité fiscal et la violente contraction des dépenses publiques européennes tuera la relance de 2010 – l’Union Européenne est la seule région du monde à s’enfoncer dans une récession en 2012, une crise inutile provoquée par l’obsession idéologique des droites européennes pour l’équilibre budgétaire.  
L’Allemagne, qui n’ayant pas, quant à elle, désarmé son appareil productif entre 2008 et 2009, bénéficie déjà de la relance de la demande mondiale : le monde en 2012 voit une croissance supérieure à 3%, les États-Unis également. Elle s’en sortira donc bien mieux que les autres. 
Pour résumer, en 2009, les sociaux-démocrates perdent pied et Merkel se choisi un autre allié de coalition, le parti libéral (FDP). Mais la donne a changé depuis lors. Depuis 2013, la gauche est majoritaire au  Parlement allemand. Pourquoi gouverner à nouveau en coalition avec la CDU et la CSU ? 
A tout moment, le SPD aurait pu faire tomber Merkel et lancer une coalition à gauche. Mais l’appareil du parti ne peut envisager d’alliance avec les Linke. Par ailleurs, les relations sont difficiles entre Linkeet Verts, une partie des Verts étant issu des mouvements démocratiques en Allemagne de l’Est qui menèrent à la chute du mur, cependant qu'une partie de l’appareil des Linke à l’Est a été membre du parti communiste en RDA.... 
L'actuelle Grande coalition - l'actuelle en somme - aurait dû permettre à Sigmar Gabriel de se poser face à Merkel comme un candidat du renouveau. Mais il est limité par beaucoup de facteurs : son incohérence doctrinale – un coup à droite, un coup à gauche – sa dépendance politique aux lobbys industriels et agricoles de Basse-Saxe ( siège de Volkswagen, mais aussi des éleveurs porcins utilisant toutes les subtilités du droit européen, et notamment les travailleurs agricoles détachés de pays de l’Est, pour réduire leurs coûts de revient et tailler des croupières aux éleveurs bretons ) et ses compromissions avec la nouvelle extrême-droite allemande – il a participé en 2015 à un débat de Pegida – « Parti contre l’islamisation de l’Allemagne ». Sans parler de ses inconséquences sur la question des réfugiés : il a mené une campagne de presse humanitaire assez médiocre avec un acteur allemand, Till Schweiger, pour renverser l’opinion publique à l’été 2015, mettant suffisamment de pression sur Merkel pour que celle-ci annonce à la fin de l’été l’ouverture unilatérale des frontières, ce qui a provoqué une crise européenne inouïe. 
Enfin, comme ministre de l’Économie, il a défendu avec acharnement les accords de libre-échange TTIP et CETA, alors que le SPD avait passé des motions critiques vis-à-vis des deux accords, et que ce sujet a vu à deux reprises, pour un pays n’en ayant pas du tout la culture, des manifestations monstres se tenir en Allemagne contre ces accords.
N’oublions pas enfin qu’en juillet 2015, tant Steinmeier que Schulz ou Gabriel se sont montrés extrêmement virulents à l’égard de Tsipras et de la Grèce, ayant pu même apparaître parfois comme plus exigeants que la Troïka. 
Outre la division des gauche dont on vient de parler, le paysage politique allemand semble à son tour s'effriter, comme dans toute l'Europe d'ailleurs. Les partis de la coalition au pouvoir sont perte de vitesse et on assiste à une montée brutale de l'extrême-droite (AfD). A quoi cela tient-il ?
Le mode de scrutin allemand, qui requiert des partis un minimum de 5% des voix, a en partie dissimuler  l'effritement, mais il a en effet commencé dès les années 2000.  
En 1998, au moment de la victoire de Schröder, la situation politique est limpide: il y a la droite avec la CDU, le centre libéral avec le FDP, les écologistes, le SPD et la survivance du parti communiste est-allemand, le PDS, présent seulement dans les régions qui formaient la RDA. 
Ce sont les réformes Schröder qui, en divisant profondément le SPD, provoquent une scission et enclenchent le mouvement d’effritement, le PDS moribond s’alliant avec les syndicalistes et l’aile gauche “frondeuse” du SPD pour former les Linke, et devient un parti présent partout en Allemagne. Cet effritement, ce que j’appelle la « Weimarisation », se poursuit en touchant une partie de la population peu politisée, et tentée par des mouvements aux doctrines opposées, mais au discours antisystème. J’avais analysé les élections locales, municipales et régionales de 2011 : dans tous les cantons, on voyait un électorat antisystème se cristalliser à 3-5% des voix, hésitant selon les bureaux de vote entre le parti néo-nazi NPD et le parti libertarien « Les Pirates ». Ceux-ci réussirent d’ailleurs à entrer dans des parlements régionaux entre 2011 et 2012 (9% des voix à Berlin) ! 
Plus récemment, en 2016, l’analyse des mêmes scrutins montrent que partout où s’étaient cristallisé ces deux électorats ( qui s’excluaient : on était dans telle bourgade Pirate, dans telle autre côté NPD ) disparaissaient sous la vague du nouveau parti à la droite de Merkel, l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »). Cette dernière naît au départ, en 2012, d’une réflexion d’économistes ordolibéraux, qui jugent les politiques mises en place depuis 2009 pour résorber la crise financière, puis pour traiter la crise de la dette publique européenne, illégales et contraires aux intérêts nationaux allemands. 
Le scrutin de 2013 voit déjà cet émiettement tant à gauche qu’à droite, émiettement qui ne se traduit cependant pas en sièges au Bundestag du fait du seuil des 5% pour avoir des élus.  Les deux grand partis CDU (42%) et SPD (25%) rassemblent à eux deux 67% des voix (mais c’était 80% des voix en 1998).  Les Verts et les Linke se retrouvent seules oppositions parlementaires avec chacun un peu plus de 8% des voix. Les libéraux du FDP et l’AfD manquent de très peu l’entrée au Bundestag, le NPD et le Pirates ne rassemblent plus que 2% chacun. 
Mais depuis, l'AfD a changé de discours. Son souci principal n'est plus l'euro et le refus de « payer pour l'Europe du Sud », mais davantage l'immigration et la question de l'islam. Est-ce cela qui a permis sa progression rapide ? 
Oui, l’AfD s’est radicalisée, donnant un débouché politique aux mouvements Pegida.  Du coup l'effritement se poursuit. En 2014 aux élections européennes, la CDU et le SPD ne rassemblent plus que 62% des électeurs, et l’AfD monte à 7%. Elle obtient des élus. 
Les élections régionales confirment le phénomène, et la construction des majorités de coalition dans les Lander devient pittoresque, puisque trois partis sont désormais nécessaires à chaque fois. On parle ainsi de « Coalition Jamaïque » (Verts, Conservateurs, Libéraux), de « Feu de Circulation » (« Ampel », Verts, SPD, Libéraux), etc.Tout ceci rend difficile la respiration démocratique en mélangeant partis et doctrines, suivant des considérations tactiques. 
Un pronostic, du coup, pour les élection législatives de septembre 2017 ?
Les sondages du 11 février 2017 donnent ceci : CDU et SPD au coude à coude, à 31-33% chacun. Si la candidature Schulz, un homme inconnu du grand public allemand, provoque un sursaut d’intentions pour le SPD, cela démontre surtout l’appétit de nouveauté des allemands après 12 ans de Merkel. Le troisième parti en intention de vote est … l’AfD, à 10% ! Il est suivi des Verts et des Linke, chacun proche des 8%, et des libéraux qui reviendraient au Bundestag avec 6% des voix. 
L'émiettement pourrait donc être confirmé.  D’un parlement dominé par trois partis dans l’après-guerre, puis quatre avec les Verts à la fin des années 80, puis cinq avec l’ex parti communiste PDS, on pourrait voir, malgré le seuil de représentation à 5%, pas moins de six partis au Bundestag en 2017 ! Dans ces conditions, la seule coalition crédible et probable me semble rester une nouvelle Grande coalition. 

Saturday, 14 May 2016

Entendez vous la cavalcade s'approcher?

Commençons par un tour en Allemagne:
L'Allemagne mène sur son marché intérieur une politique de relance modérée par la consommation: création d'un salaire minimum, accords salariaux de branche augmentant fortement ceux ci, primes exceptionnelles.
Résultat: l'Allemagne a vu sa croissance bondir a +0,7%. Le chômage continue de se réduire.

La plupart des mesures de "l'agenda 2010" mises en œuvre par Schröder entre 2003 et 2005 ont été depuis de nouveau supprimées. Je renvoie à ce sujet à un excellent article, légèrement ironique, de Thomas Fricke dans le Spiegel.
Il ne reste qu'une mesure emblématique, la suppression des allocations chômage aux chômeurs de longue durée pour "ne pas financer oisiveté et paresse".
Résultat: le chômage de longue durée dans le chômage global reste exactement au même niveau qu'avant cette mesure: un chômeur de longue durée n'a pas choisi d'être chômeur, la preuve empirique de la stupidité théorique de Jean Tirole est apportée tous les jours.

Point interessant: si le ministre des finances allemand peut présenter des comptes publics en équilibre, ce n'est pas pour avoir réduit les dépenses, mais grâce à l'augmentation des recettes dues à la croissance et l'emploi.
Cette politique de relance par la consommation est soutenue par la politique de faible taux de la BCE, par la déflation importée due à la baisse des prix du pétrole et se conjugue pour favoriser une reprise forte de l'investissement des entreprises.

En France, on assiste à un frémissement de la conjoncture et une reprise de l'emploi.
On connais les composantes de cette croissance: c'est comme en Allemagne la reprise de la consommation qui mets en route un cercle vertueux, où les entreprises, surtout les PME, face aux carnets de commande qui se remplissent, reprennent investissement et embauche.
Tous les chiffres de 2015 montrent que c'est bien la reprise de la consommation qui préexiste au retour de la croissance, de l'investissement et de l'emploi.

Cette évolution positive a donc lieu en dépit des réformes et des mesures du gouvernement.
C'est comme pour Schröder: l'agenda 2010 a retardé la reprise allemande de 4 ans, et lorsque celle ci est venue, elle n'a profité qu'à une minorité d'allemands.
La classe moyenne n'en a pas profité, celle ci diminuant sur la période de près de 10 points. Aujourd'hui un allemand sur deux est de la classe moyenne. Ils étaient presque deux sur trois il y a 20 ans.
La pauvreté et la misère sociale ont augmenté.
Le taux de pauvreté en Allemagne est supérieur à la France, supérieur à il y a 15 ans.

C'est exactement ce que le gouvernement Valls prépare à la France: la liquidation de la classe moyenne et l'aggravation des inégalités, l'approfondissement de cette fracture sociale identifiée depuis 20 ans.
Les lois ANI, Macron et El Khomri auront un impact sur l'emploi: le même que celui des minijobs Schröder - depuis supprimés - ou celui des contrats zéro heure britanniques.
La reprise sera très inégalement distribuée, avec une majorité de citoyens perdant sécurité, niveau de prospérité et qualité de vie.

Alors, le gouvernement pourra dire à coups d'indice macro-économiques "la France va mieux" et en tirer tous les bénéfices à soi.
C'est le mensonge habituel du politicien péripatéticien.

La réalité est terrible.

Après avoir retardé le retour de la croissance, qui aurait pu venir très forte des 2013 et un plan de relance adéquat, par pur aveuglement idéologique, et gaspillé 43 milliards à l'impact faible sur l'investissement et l'emploi, ce gouvernement a créé les conditions pour une prospérité pour les plus riches, socialement, culturellement, en capital financier, et pour une société de plus en plus violente, impitoyable et inhumaine.

Tant en Grande Bretagne, en Hollande, en Allemagne, dans les pays nordiques de la flexisecurite, en Autriche où le chômage est à 5% mais le taux de pauvreté est depuis dix ans stable, malgré croissance et plein emploi, à un autrichien sur 8, on voit le résultat de ces sociétés violentes: la progression des partis d'extrême droite.

La France n'est pas à la traîne de l'Europe. Elle fut, avec Chirac-Juppe, puis avec Chirac et Sarkozy, précurseur dans ce mouvement. On peut trouver des 1993 les traces de cette marche forcée.
Il y eut une parenthèse de trois ans, les trois premières du gouvernement Jospin.
Elles coïncident, ces années Jospin, avec les années de plus fortes croissance et de plus forte baisse du chômage des dernières 25 années. Mais cette parenthèse, où des erreurs furent commises, certes, est un grand tabou.

La France est précurseur tant dans le décrochement progressif de la classe moyenne que dans la montée de l'extrême droite. Car le corps social français est sensible, et réagit vite et fort, là où des sociétés plus consensuelles ont absorbé bien des chocs avant de sombrer dans le désespoir brun.

La politique actuelle, en accentuant cette violence sociale et cette inégalité dans le partage de la prospérité, accentue les raisons de voter Front National.

L'Assemblee Nationale de 2017 pourrait bien ressembler aux Conseils Régionaux du Nord et du Sud-Est.
Ce sera le bilan politique terrible de ce gouvernement.

Bien plus terrible cependant sera son héritage social. Le gouvernement Valls prépare la surmortalité des couches populaires, les angoisses et le sur-suicide, le recul de la santé publique face aux maladies de la pauvreté.

Hollande, Valls, Macron, Sapin, les quatre cavaliers de l'apocalypse sociale.

Monday, 2 November 2015

Le hasard moral de l'Allemagne, bénéficiaire de la crise européenne

Une intéressante analyse trouvée dans le Süddeutschen Zeitung : les crises financières puis dans la zone euro la crise grecque, en effrayant les investisseurs, les a amené à acheter de la dette publique allemande, faisant chuter son taux d'intérêt, économisant sur la période 200 milliards d'intérêts. Le budget équilibré de Schäuble n'aurait pas été possible d'après cet économiste allemand sans crise de la dette publique en zone Euro.
Mais un deuxième phénomène s'est aussi produit en Allemagne qui aide à comprendre à la fois la faiblesse de la demande intérieure entre 2001 et 2009 et la force financière de l'Allemagne depuis 2007: la réunification a été une période de surendettement privé, atteignant trois fois le PIB, quatre fois la dette publique, entre 1990 et 1998.
De 2001 à aujourd'hui, mais surtout depuis la crise et les politiques monétaires extensives à taux bas, l'économie allemande s'est desendettée dans son ensemble. Les ménages n'ont pas emprunté pour consommer, mais ont épargné pour rembourser leurs crédits, réduisant la demande allemande, et aussi les importations.
Mes remarques :
Alors le petit retraité, l'épargnant de livret A lui a perdu, la rémunération de son épargne étant inférieure à l'inflation, et ce sont les perdants de cette séquence que l'on retrouve à l'AfD ou dans les cortèges sinistres de Pegida.


L'Allemagne est la grande bénéficiaire de la crise, et n'a intérêt ni à la solidarité européenne ni à la résolution de la crise.
Qu'elle demande maintenant, sur la question des réfugiés, et à juste titre, solidarité et ouverture, apparaît à nombre de ses partenaires européens comme hypocrite ou contradictoire. En dehors de la zone Euro notamment les États en font à leur idée.
L'Allemagne de Merkel gagnerait à comprendre qu'un projet européen ne peut se construire sur les intérêts d'un seul groupe de pays, et s'interroger sur les valeurs et les principes qu'elle défends pour ce projet européen.


Le traitement de la crise grecque, et le refus absolu opposé notamment aux demandes de Papandreou en 2010, de Samaras en Octobre 2014 ou de Tsipras dés février 2015, de couper la dette publique grecque, de ne pas refinancer par un  endettement croissant, mais d'investir dans le futur, était fondé théoriquement par l'idée de hasard moral: en permettant à un pays de s'Enfuir avec de mauvaises pratiques comptables et budgétaires, on créerait une incitation pour tous les pays à mal se conduire.
Pourtant, entre la petite Gréce et sa dette publique représentant 2% de la dette publique européenne, et l'Allemagne, le risque de hasard moral est du côtè du plus gros!
Finalement, c'est l'irruption dramatique et meurtrière de l'histoire, qui ne supporte pas de traitement juridico-comptable, mais de la politique, qui peut-être forcera l'Allemagne à comprendre être elle-même, pour l'ensemble de l'Europe, celle qui se conduit mal.
Faire le choix de la solidarité, c'est un choix politique, pas un impératif juridique. C'est le seul choix de l'Allemagne si elle souihaite un avenir à l'Europe Unie.

http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/frickes-welt-sanieren-ohne-luftballons-1.2713691

Thursday, 22 October 2015

Entre délire et grotesque

Instrumentaliser l'histoire pour servir les intérêts particuliers du présent

Il y a 167 ans, les ouvriers de Vienne se préparaient, sans espoir de vaincre, à l'assaut des troupes impériales autrichiennes. L'assaut, fin octobre 1848, fit 2000 morts, sans compter les exécutions futures, les emprisonnements et les tortures. Le Député allemand Robert Blum devait être aussi exécuté, illégalement.
L'écrasement de Vienne est le prélude sanglant à celui de la Hongrie, puis à la fin de tout espoir révolutionnaire allemand dans le sang des badois. Berlin avait été maté plus tôt dans l'année. Après le massacre de 250 berlinois, dont des enfants, l'armée prussienne devait enfermer dans une caserne près de 500 ouvriers et artisans saisis aux hasard dans les faubourgs, pour les torturer, les humilier, les faire crever de faim, pour se venger de la peur qu'ils inspiraient.
Pratique comme on le voit habituelle des dictatures, Assad n'a rien inventé.
La révolte de Vienne commence en mars 1848 par une manifestation de femmes travailleuses, à qui le gouvernement voulait baisser le salaire de 25%, sabrées par la police, faisant plusieurs mortes.
La révolution française de 1848 s'achève elle en Juin, lorsque l'armée vient tirer sur les ouvriers pour une revendication salariale. Il faut relire la violence des débats parlementaires de juillet, lorsque Proudhon propose une réforme fiscale, lorsque Hugo vient dénoncer l'extrême pauvreté.
Revendications sociales et émancipation démocratiques sont liées. 
Elles sont indissociables. 
Condamner l'auteur de textes de 1852 parce que, faisant le lien entre les deux, il ne voyait d'autres méthodes pour les réaliser que la révolution et le renversement d'un ordre de domination par un autre, c'est faire bien peu preuve de culture historique et démocratique. La République sociale de Waldeck-Rousseau n'est pas possible sans le souvenir de Juin 48 et celui de la Commune. 

Cependant, ce n'est pas le monde de 1848 qui nous permet de comprendre 2015. Condamner par sophisme toute réflexion sur les rapports sociaux au nom d'un texte de 1852 écrit dans un contexte de violences, déclenchant une vague de réfugiés européens en Angleterre et aux Etats-Unis, c'est instrumentaliser, dans une vision révisionniste de l'histoire. 
C'est ce que fait Laurent Joffrin aujourd'hui. Dans le procédé rhétorique, et l'emphase, c'est la même méthode que celle du Premier Ministre israélien cherchant à dédouaner l'Allemagne hitlerienne du crime génocidaire pour, par un glissement sophiste, en rendre responsable ceux qu'il identifie comme ses adversaires contemporains, les Palestiniens.
Staline n'est pas responsable de ses crimes! C'est Marx, un siècle auparavant, qui est le vrai coupable, et par extension, tous les critiques de l'ordre social sont complices! Joffrin, qui lit peu mais lit mal, ne cite pas Stiglitz, Piketty, Galbraith, Gaebler ou Sedicek comme ces criminels fous furieux qui, en remettant en cause l'ordre social, sont complices du stalinisme, du léninisme aussi.
Non, il cite un auteur bien plus subversif! Attali! Le père spirituel de Macron, l'inspirateur du rapport à Sarkozy de 2008 qui sert toujours de boussole intellectuelle au ministre actuel, et qui sert bien le rapport social et la distribution des richesses actuelles!
Alors que l'instrumentalisation du mufti de Jérusalem, un être minable, criminel et malheureusement impuni, par le Premier Ministre israélien est délirante, l'éditorial de Laurent Joffrin est lui grotesque. Joffrin démonte Marx pour régler un compte de jalousie germanopratine...

(Image: les manifestantes sabrées par la police montée sur le Prater de Vienne, Mars 1848. Image Libre de droit d'après sa source)


Tuesday, 15 September 2015

Peux t-on sauver L'union Européenne?

Le monde est violent. Les rapports sociaux aussi. L'inégalité atteint des sommets, toutes les institutions reconnaissent l'échec des théories du ruissellement. Ce ne sont pas les forces vives qui conduisent la communauté à la prospérité, ces forces vives sans encadrement adéquat sont des forces folles, prédatrices.
Ce n'est pas avec les théories de l'apaisement social-liberale, qui échouent à s'attaquer à la misère, qui échouent à stabiliser le monde et établir la paix, que l'on répondra aux défis majeurs d'aujourd'hui.

Absurdité aussi d'une construction européenne bancale, branlante.
Saint-Simon proposait il y a exactement 200 ans une constitution européenne. Elle était fondée non sur le mercantilisme, qui on le voit n'intègre pas les Nations, mais d'abord sur un parlement souverain - pour commencer le processus, celui, uni, des deux pays capables d'être les moteurs de l'Unite européenne, la France et... La Grande-Bretagne. Puis, la Société Européenne devait être régie par un gouvernement et deux chambres.
Pour Saint-Simon, s'il n'y a pas de "Nation Européenne", si donc cette construction ne vise pas à remplacer les Nations, c'est qu'il trouve dans deux autres principes les ciments de ce qu'il nomme "le peuple européen": le christianisme et les Lumiéres, et un symbole, un roi européen.
Un parlement souverain ne peut exister sans peuple lui-même soucieux de sa souveraineté, et aussi conscient d'appartenir à une communauté de destins, d'être peuple. Car, si la démocratie est le principe de la protection des droits de la minorité sous la conduite de la majorité, pour que la minorité ne fasse pas scission il faut bien qu'elle se reconnaisse d'abord comme membre de la communauté, les exemples en ex-Yougoslavie, en Ukraine, montrent ce que cela signifie, "faire scission".

La Paix, principe suffisant?
L'Europe créé au lendemain de la guerre était unie par son souvenir, par les deuils et les souffrances, par les ruines. Elle était certes divisée par deux principes extérieurs et antinomiques: le libéralisme mercantile d'un côté, l'hégémonie stalinienne de l'autre.
Il y eut donc deux intégrations: l'une volontaire et mercantile, ayant pour double objet de relancer production et consommation, et d'élargir ainsi le marché des biens et services, et l'autre imposée, ayant pour objet de rationaliser et spécialiser les productions nationales tout en garantissant des débouchés aux produits soviétiques.
La création de structures démocratiques fut lent. Une des deux intégrations échoua d'ailleurs tant économiquement que politiquement, et la deuxième, confondant capitalisme et démocratie, crut que l'extension créerait d'elle-même un sentiment commun.
En 2015, qui se souvient du traumatisme européen au sortir des guerres napoléoniennes? Le rêve de Saint-Simon nait au moment où les princes et rois cherchent à définir une alliance européenne garantissant le règlement pacifique des conflits entre eux, et de construire une Europe - chrétienne, monarchique, oligarchique - prospère et pacifiée.
En 2015, qui a encore le souvenir des peurs, des angoisses, de la faim des années de guerre? Les générations qui ont vécu la guerre nous quittent. La plupart des Européens ont une expérience abstraite de la guerre. Le terrorisme n'est pas grand chose en comparaison.
Quelle expérience commune, quelles valeurs et quels principes pour ce peuple européen post-guerre froide? Sur quels principes communs peuvent s'accorder les peuples et les nations pour qu'un parlement soit reconnu souverain?

Une intégration économique qui exacerbe les concurrences entre peuples, entre classes
Le mercantilisme a exacerbé les concurrences entre Nations européennes. La libéralisation a créé une accumulation de richesses auprès de quelques uns. Cette élite économique est bien sûr traversé de contradictions mais partage les mêmes valeurs, le même accès au voyage, aux ressources symboliques.
Cette elite-là croit incarner le peuple européen.
Cette exacerbation des richesses s'accompagne d'une paupérisation des 50% les moins riches. Terrible échec de toutes les gauches européennes! La pauvreté aujourd'hui est plus largement répartie, plus profonde dans ses structures, plus difficile à combattre qu'en 1990!
Comment s'étonner des lors que ce peuple là ne se reconnaisse pas dans un projet commun dont il est le grand perdant?
La compétition entre peuples s'accompagne aussi de la concurrence entre pauvres. C'est ainsi que la division des perdants de l'intégration européenne empêche la constitution d'un front progressif, social, et européen.
Pire, L'Europe devient symbole de l'oligarchie, de la bourgeoisie des 30% qui s'en tirent le mieux, d'une machine broyant les destins, expropriant les faibles ressources mises de côté, détruisant les protections collectives et les capitaux socialises (Retraite, Assurance Santé, Chômage).
Tant la droite que la gauche radicales voient dans les espaces nationaux les espaces où il est possible de diviser les élites européennes, de jouer sur leur contradiction, pour y construire des agendas alternatifs.
Il n'y aura pas de réorientation européenne - du moins pas avec la social-démocratie.

Mais l'espace des Nations nous ramène forcément à 1792, à 1939. Il n'a fallu que trois ans à la Yougoslavie pour passer d'un espace intégré à la guerre civile. L'Ukraine c'est L'Europe et c'est maintenant.
Il existe une alternative: L'Europe sociale. Elle pre-suppose la sortie des Traités existants et une refondation, sans doute seulement avec un coeur de pays progressistes, sur une base sociale et solidaire.
Mais face à la réalité objective et les enseignements réels des 9 premiers mois de 2015, une idée est morte: celle d'un mouvement initiée par la gauche europeaniste de l'intérieur.
Cette Union Européenne ne peut être réorienté de l'intérieur. Les élites social-démocrates qui vivent de cette chimère n'y ont d'ailleurs aucun intérêt, et c'est bien l'échec du PSE que de n'avoir jamais formulé théoriquement et politiquement le cadre nécessaire à une réorientation.

Construisons avec les forces qui le souhaitent les conditions d'un dépassement de L'Union Européenne.

Mathieu Pouydesseau
Membre du Conseil National (s) du Parti Socialiste
Section des Isolés

Tuesday, 8 September 2015

Politique, Responsabilité, Incohérences et Espoir

Hier, donc, deux dirigeants socio-democrates européens se sont exprimés sur la crise des réfugiés et sur ce que cela signifiait pour L'Europe. François Hollande a annoncé un accueil exceptionnel de la France de... 24000 demandeurs d'asile sur deux ans. Sigmar Gabriel, vice chancelier allemand et ministre de l'économie, a déclaré que L'Allemagne pouvait, sans besoin de nouveaux financement ou de hausses d'impôt, accueillir 20 fois plus de réfugiés (500000) et ce, par an.
Responsabilité: L'Allemagne découvre, où plutôt re-découvre, avoir et une capacité de mobilisation civile forte, et un coeur. Elle mobilise des moyens exceptionnels - 6 Milliards D'euros - et ne comprends pas pourquoi L'Europe traîne les pieds pour créer un fonds solidaire à hauteur de 1 Milliard.
Mais c'est bien là le résultat de la vision allemande de L'Europe! Pourquoi L'Europe, aveugle au niveau politique sur la crise humanitaire en Grèce, et dans la bataille des images, pour l'opinion, les solidaires ont perdu, serait plus ouverte aux réfugiés?
La remarque cynique de Orban, déclarant que les réfugiés sont un problème allemand, reflète les remarques de Schäuble, estimant que la Grèce doit résoudre son problème tout seul.
Et c'est là où on arrive aux incohérences.
Il est impossible de demander aujourd'hui, comme le fait l'allié bavarois de Merkel, à L'Europe de régler solidairement ce problème, lorsque les droites européennes, à l'unisson, et avec la complicité de certains socio-democrates - je pense aux hollandais, aux slovaques, aux roumains - detricotent tous les instruments de solidarité européenne.
C'est Merkel, Cameron, Orban qui ont pesé pour qu'en 2013 le budget - planifié pour 7 ans en plus, hors de tout contrôle parlementaire ou de tout rythme électoral - de L'Union Européenne soit diminué, avec le seul grand programme social, le plan d'aide alimentaire aux démunis, réduit de moitié.
Au même moment on assiste à une explosion en Grande Bretagne des soupes populaires, partout en Europe les banques alimentaires peinent à couvrir les besoins D'européens qui connaissent, dans nos sociétés riches et abondantes, la faim.
Hollande, comme Renzi, ont essayé des aménagements aux marges, sans cependant engager les rapports de force politique au fond. Le seul qui a posé le problème politique fut Tsipras, mais sans allié, il s'est fait crucifié, traumatisé, il est comme ce personnage de Games of Thrones, qui se fait appeler Rick et sert son bourreau.
Comment demander une Europe solidaire et partageant l'accueil des réfugiés lorsque L'Europe refuse par dessein cette solidarité dans toutes les autres affaires la concernant?
Et c'est là où je vois un espoir: les opinions publiques bougent. Les images touchent, l'émotion change de nature. De la peur, de l'égoïsme, on passe à la compassion, à la charité pure.
Ce n'est pas encore un retournement conscient, politique.
Il y a pourtant des signes: 1,6 millions d'allemands ont signé la pétition et s'engagent massivement dans les actions contre le Traité de libre échange transatlantique.
300000 britanniques rejoignent le Labour parce qu'enfin ł'aile gauche se voit accorder une tribune.
Il y a l'émotion des Européens et dans beaucoup de pays leurs belles actions.
Il y a aussi des prises de conscience politique.

Friday, 13 February 2015

La social-démocratie européenne à la croisée des chemins

Nous sommes à une croisée des chemins.

Les lignes bougent. Au Parlement européen, un rassemblement s'esquisse. L'appel ci-dessous de députés européens issus de la Gauche Européennes, des Verts, du PSE, notamment avec notre Premier Signataire Emmanuel Maurel, montre que ce débat progresse. Le SPD cependant, dont l'aile gauche est pourtant bien représenté au Parlement Européen, n'a pas signé.

Rappelons quelques faits: en 2009, Sigmar Gabriel a lancé une prudente réorientation du SPD - tombé à 20% après Schröder et la première grande coalition - vers la gauche. C'est ce qu'il a formulé en 2011 en "Mitte-links" "au milieu, à gauche", quand Schröder ne parlait que de "Mitte" - du milieu. Cette réorientation prudente permit au SPD de remonter dans les sondages au delà de 25%, et a la direction du SPD de construire une stratégie majoritaire sur l'alliance unique avec les Verts. Le parti restait très divisé entre ceux favorables d'étendre cette alliance aux Linken et ceux voyant plus de points communs avec la CDU.
La désignation obscure de Steinbrück, l'homme le plus à droite du SPD, prit tout le parti a contre-pied. Le résultat fut décevant - 25%, loin des 30 espérés.
Par chance, la stratégie de Merkel, de siphonner les libéraux du FDP - ses anciens alliés- pour obtenir une majorite parlementaire absolue échoua - l'AFD populiste et ses 4,7% en étant pour quelque chose.
Deux possibilités de majorite sont donc possibles au Bundestag : une alliance Linke-Verts-SPD ou la grande coalition que Gabriel décida de faire. Dans un moment de démocratie interne inédit pour le SPD, les militants votèrent sur le contrat de coalition avec la CDU et l'accepteront a 75% de Oui.
Depuis, malgré la mise en place de mesures authentiquement de gauche (ne citons que le SMIC mais il y en a d'autres), le SPD, sans stratégie claire, stagne autour de 25%. La somme des gauches reste stable autour des 43% obtenus en 2013.
Le problème, c'est que si près de 15% des suffrages de 2013 ne sont pas représentés au Bundestag (dispersés sur des partis sous les 5%), il est quasiment sur que l'AfD aura des députés en 2017. La CDU-CSU restant stable à 40% elle pourra choisir son partenaire de coalition entre Verts, SPD ou AfD.
Il y a pourtant au sein de la gauche allemande de plus en plus de voix qui parlent pour une grande coalition de gauche, des Linke au SPD. Même des "réformateurs" SPD commencent à s'interroger sur l'échec de la stratégie de Gabriel, dont la réorientation prudente l'est trop, invisible de l'électeur.
De plus, désemparé, Gabriel tombe dans des réflexes autocratiques, prenant le contre-pied d'une Motion de son parti voté dans une séance qu'il présidait sur le TAFTA, rencontrant et légitimant par la même les populistes de Pegida.
 Le budget allemand va être en équilibre, mais au prix d'un ralentissement de la croissance européenne, d'un retard d'investissements sur les infrastructures considérable, et d'une aggravation de la pauvreté et des inégalités.
L'enjeu d'un nouveau pacte majoritaire à gauche passe donc par une politique active de reprise de l'activité, ce qu'on simplifie sous le nom de politique de croissance même lorsqu'elle implique des investissements massifs pour la transition écologique et vers l'économie durable.
Finalement, la gauche allemande est au même point de débat que toutes les gauches européennes: continuer l'aggiornamento avec les droites et cette grande coalition européenne, austéritaire, injuste, inefficace et donc impopulaire, ou constituer un nouveau pacte majoritaire à sa gauche.
Toute la social-démocratie européenne est devant finalement ce choix : décrépir comme le PASOK, où se transformer comme Syriza.
Rappelons ici que Syriza n'est pas né des partis de la gauche du PASOK, mais d'une scission du PASOK sur cette question du contenu politique du pacte majoritaire et de l'alliance ou non avec les droites.
Notre congrès de Juin 2015 n'est donc pas, comme semble le penser Manuel Valls, le jeu de cinglés dans le bac à sable, mais bien le débat fondamental auquel est confronté l'ensemble de la social-démocratie européenne.
Il est d'ailleurs à ce sujet dommage, mais aussi révélateur, que le congres du PSE qui a lieu la semaine suivant notre congres, n'a dans son programme provisoire aucune trace de ce débat la, ni aucun vote de prévu entre motions et propositions de stratégie différentes.

C'est à nous, socialistes français, de peser sur ce débat en prenant pleinement notre place dans le congrès dePoitiers.